Pitié pour les justes!
Pour la plupart des hommes, la guerre est la fin de la solitude. Pour moi, elle est la solitude définitive.
Qu'est-ce que l'homme? Il est cette force qui finit toujours par balancer les tyrans et les dieux.
Que préfères-tu, homme, celui qui veut te priver de pain au nom de la liberté ou celui qui veut t'enlever ta liberté pour assurer ton pain ?
Qui aurait besoin de pitié, sinon ceux qui n'ont compassion de personne!
L'homme est la seule créature qui refuse d'être ce qu'elle est.
Se donner n'a de sens que si l'on se possède.
Seule la vérité peut affronter l'injustice. La vérité, ou bien l'amour.
Si l'homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout.
Tout le monde ment. Bien mentir voilà ce qu'il faut.
Toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme.
Une seule certitude suffit à celui qui cherche.
Le monde change, et avec lui les hommes et la France elle-même. Seul l'enseignement français n'a pas encore changé. Cela revient à dire qu'on apprend aux enfants de ce pays à vivre et à penser dans un monde déjà disparu.
J'ai compris qu'il ne suffisait pas de dénoncer l'injustice. Il fallait donner sa vie pour la combattre.
Pour se suicider, il faut beaucoup s'aimer. Un vrai révolutionnaire ne peut pas s'aimer.
(L'honneur) est la dernière richesse du pauvre.
C'est cela l'amour, tout donner, tout sacrifier sans espoir de retour.
Que voulez-vous, je ne m'intéresse pas aux idées, moi, je m'intéresse aux personnes.
Il y a quelque chose de plus abject encore que d'être un criminel, c'est de forcer au crime celui qui n'est pas fait pour lui.
Vivre est une torture puisque vivre sépare.
C'est facile, c'est tellement plus facile de mourir de ses contradictions que de les vivre.
Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux: c'est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue, c'est répondre à la question fondamentale de la philosophie.
On veut gagner de l'argent pour vivre heureux et tout l'effort et le meilleur d'une vie se concentrent pour le gain de cet argent. Le bonheur est oublié, le moyen pris pour la fin.
Un geste comme (le suicide) se prépare dans le silence du coeur au même titre qu'une grande oeuvre.
Nous prenons l'habitude de vivre avant d'acquérir celle de penser. Dans cette course qui nous précipite tous les jours un peu plus vers la mort, le corps garde cette avance irréparable.
Œuvres de Albert Camus
12 mai 1959.ActuellesActuelles (1950-1958)Actuelles I, Chroniques 1944-1948 (1950)Actuelles I, Première réponseActuelles II, Chroniques 1948-1953Actuelles III, Chroniques algériennes, 1939-1958 (1958)ApocrypheCaligula (1944)Caligula (1944), II, 2Caligula (1944), III, 2Caligula (1944), IV, 13Caligula (1944), IV, 6CarnetsCarnets I, décembre 1937Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962)Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962), 1937Carnets II, janvier 1942 - mars 1951 (1964)Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)Carnets, II