Parfois m'envahit un sentiment des plus puissants, un égarement de jalousie désespérée qui, approfondi par l'alcool, tourne au désir de me détruire par ma propre imagination - au moins pour ne pas être en proie aux - fantômes -
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Aussi quand tu partis, Yvonne, j'allai à Oaxaca. Pas de plus triste mot. Te dirai-je, Yvonne, le terrible voyage à travers le désert, dans le chemin de fer à voie étroite, sur le chevalet de torture d'une banquette de troisième classe, l'enfant dont nous avons sauvé la vie, sa mère et moi, en lui frottant le ventre de la tequila de ma bouteille, ou comment, m'en allant dans ma chambre en l'hôtel où nous fûmes heureux, le bruit d'égorgement en bas dans la cuisine me chassa dans l'éblouissement de la rue, et plus tard, cette nuit-là, le vautour accroupi dans la cuvette du lavabo ?
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Aidez-moi à écrire, - \r\nMontrez-moi les portes - \r\nOù sont affichés les ordres. - \r\nEt la cage - \r\nOù mon courage - \r\nSous le regard de mon âme fascinée - \r\nRugit derrière les grilles.\r\n\r\n\r\n
Les tourments de l'enfer sont implacables, vifs - \r\nSont les feux de l'enfer ; et pourtant les vautours - \r\nS'arc-boutant contre l'air pour virer sur leur aile - \r\nSont plus beaux que le vol plané de ces mouettes - \r\nAbandonnées au vent dans la fraicheur du jour - \r\nPlus beaux que les ventilateurs dans les asiles - \r\nQui par leur soyeux va-et-vient - \r\nTissent à l'espoir un destin ; - \r\nEt jamais l'espoir n'a lancé - \r\nSa gageure aussi haut que l'illusion vitale - \r\nQui chevauche le vol du vautour. Si la mort - \r\nPeut voler pour l'amour de voler, est-il rien - \r\nQue la vie, pour l'amour de mourir, ne pût faire ? - \r\n\r\n
Parfois l'enfant ne sait pas dire son chagrin, - \r\nMais il entend, le soir, les étranges présages - \r\nQui annoncent aux pierres blessées, à même le sol, - \r\nLeur libération, où il apprend que les pierres - \r\nCœurs brisés, ont parfois l'éclat dur d'un langage. - \r\nLe bruit de la mer rugit au vestiaire - \r\n- Et un reproche ; mais cela même est rassurant : - \r\nUn reproche de moins entre lui et la mort… - \r\nEt là, sur le tapis devant la cheminée, - \r\nIl regarde l'enfer et voit son avenir - \r\n- Qui sait, peut-être une chambre de chauffe ?- - \r\nPourtant, l'enfant, je pense, a connu des fous-rires - \r\n(On dit que de la vie ce sont les seuls remèdes), - \r\nEt puis, n'eût-il pas survécu, - \r\nSaurait-il que Rimbaud a connu ces chagrins, - \r\nRimbaud dont l'âge d'homme aussi, comme le sien, - \r\nFut déserté d'amour et privé de langage ?\r\n
Cependant sa soif demeurait encore inapaisée. Peut-être parce qu'il buvait, non de l'eau, mais de la légèreté, et de la promesse de légèreté ? Peut-être parce qu'il buvait, non de l'eau, mais de la certitude de clarté ? Certitude de clarté, promesse de légèreté de lumière, légère, lumière et encore, de lumière, légère, lumière, lumière, lumière !
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Qu'est l'homme, sinon une petite âme qui maintient debout un cadavre ?
Mais, dans la vie, que vous montiez ou descendiez, vous êtes toujours dans la brume, le froid, les à-pics, la corde traîtresse et ses retours glissants : seulement lorsque la corde glisse, vous avez parfois le temps de rire. Pas beaucoup j'en ai peur...
On m'a dit que le monde tournait, alors j'attends de voir passer ma maison devant moi.
On ne peut vivre sans amour.
Oui, elle le comprenait maintenant, toute cette histoire de taureau, c'était comme une vie: l'importante naissance, la belle chance, le tour de l'arène d'abord hésitant, puis assuré, puis à demi désespéré, un obstacle aplani, exploit mal reconnu, puis l'ennui, la résignation, l'effondrement; puis une autre naissance, plus convulsive; un nouveau départ; les efforts circonspects pour s'y reconnaître dans un monde maintenant franchement hostile.