Lire, c'est aller à la rencontre d'une chose qui va exister.
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Voilà pourquoi, à un certain moment, ma plume s'est mise à courir, à courir ! C'est vers lui qu'elle courait; elle savait bien qu'il ne tarderait guère à venir. Chaque page ne vaut que lorsqu'on la tourne et que derrière, il y a la vie qui bouge, qui pousse et qui mêle inextricablement toutes les pages du livre. La plume vole, emportée par ce plaisir même qui nous fait courir les routes. Le chapitre entamé, on ignore encore quelle histoire il va raconter; c'est un peu comme ce recoin où, tout à l'heure, je vais tourner en sortant du couvent, sans savoir ce qu'il me réserve : un dragon, une troupe barbaresque, une île enchantée, un amour né de la surprise...
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À lire aussi de Italo Calvino
Les donnés biographiques : je fais partie de ceux qui croient, avec Croce, que d’un auteur importent seulement ses œuvres (quand elles comptent, bien évidement), donc les données autobiographiques je n’en donne pas, ou j’en donne de fausses, ou j’essaierai de les changer à chaque fois. Demandez-moi ce que vous voulez savoir, je vais vous le dire. Mais je ne vous dirai jamais la vérité, de ça vous pouvez en être sûr.
Combattre avec un compagnon auprès de soi est chose tellement plus belle que de combattre tout seul! On s'encourage, on se réconforte, le sentiment d'avoir un ennemi et celui d'avoir un ami se fondent en une même impression de chaleur.
Si bien à plaindre est l'amoureux qui soupire après des baisers dont il ne connut jamais la saveur, mille fois plus infortuné celui qui la goûta, cette saveur, juste un instant, et puis en fut à tout jamais privé.
Les auteurs, il vaut mieux ne jamais les connaître parce que leur personne réelle ne correspond jamais à l'image qu'on se fait en les lisant.
Dans la même œuvre
Il n’est pas dit qu’en écrivant, on assure le salut de son âme. On écrit, on écrit, et déjà notre âme est perdue.
Si bien à plaindre est l'amoureux qui soupire après des baisers dont il ne connut jamais la saveur, mille fois plus infortuné celui qui la goûta, cette saveur, juste un instant, et puis en fut à tout jamais privé.
C'est l'heure où les choses perdent leur épaisseur d’ombre qui les a revêtues tout au long de la nuit, et peu à peu retrouvent leurs couleurs; mais avant, il leur fat traverser une sorte de limbe douteux, à peine effleurées par la lumière comme entourées d'un halo: l'heure où l'on est le moins sûr que le monde existe.
La chevalerie est une belle chose, c’est entendu ; mais tous ces chevaliers sont une bande de grands nigauds, habitués à accomplir de hauts faits d’armes sans chercher la petite bête, comme ça se trouve. Dans la mesure du possible, ils tâchent de s’en tenir à ces règles sacro-saintes qu’ils ont fait serment d’observer : elles sont bien codifiées, elles leur ôtent le souci de réfléchir.
Chaque page ne vaut que lorsqu'on la tourne et que derrière, il y a la vie qui bouge, qui mêle inextricablement toutes les pages du livre.