Œuvre

Voyage au bout de la nuit (1932)

Un patron se trouve toujours un peu rassuré par l'ignominie de son personnel.
On n'échappe pas au commerce américain.
Le propriétaire c'est pire que de la merde. Voilà tout.
J'étais aux prises ici pour ma part avec un torrent de sensations inconnues. Il y a un moment entre deux genres d'humanités où l'on en arrive à se débattre dans le vide.
On se trompe peut-être toujours quand il s'agit de juger le coeur des autres.
Il n'y a jamais de fête véritable que pour le commerce et en profondeur encore et en secret.
Quand on n'a pas d'argent à offrir au pauvre, il vaut mieux se taire. Quand on leur parle d'autre chose que d'argent, on les trompe, on ment, presque toujours.
Faire confiance aux hommes c'est déjà se faire tuer un peu.
Quand on n'a pas d'imagination, mourir c'est peu de choses, quand on en a, mourir c'est trop.
La guerre en somme c'était tout ce qu'on ne comprenait pas.
Quand on n'a pas d'imagination, mourir c'est peu de chose, quand on en a, mourir c'est trop.
Les indigènes eux, ne fonctionnent guère en somme qu'à coups de trique, ils gardent cette dignité, tandis que les Blancs, perfectionnés par l'instruction publique, ils marchent tout seuls.
La vérité, c'est une agonie qui n'en finit pas. La vérité de ce monde c'est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir.
C'est quelque chose de toujours vrai un corps, c'est pour cela que c'est presque toujours triste et dégoûtant à regarder.
Très peu de présence, tout est là, surtout pour l'amour.
Les choses auxquelles on tenait le plus, vous vous décidez un beau jour à en parler de moins en moins, avec effort quand il faut s'y mettre. On en a bien marre de s'écouter toujours causer.
Je ne connaissais que des pauvres, c'est-à-dire des gens dont la mort n'intéresse personne.
Le rôle du paillasson admiratif est à peu près le seul dans lequel on se tolère d'humain à humain avec quelque plaisir.
Tout de suite nous devînmes confidents. En deux heures je connus tout de son âme. Pour le corps j'attendis encore un peu.
Il existe certains coins comme ça dans les villes, si stupidement laids qu'on y est presque toujours seul.
Lâche ou courageux, cela ne veut pas dire grand-chose. Lapin ici, héros là-bas, c'est le même homme, il ne pense pas plus ici que là-bas.
On ne sait plus qui réveiller en vieillissant, les vivants ou les morts.
Les vivants qu'on égare dans les cryptes du temps dorment si bien avec les morts qu'une même ombre les confond déjà.
Un cerveau, c'est tyran comme y a pas.
Il faudrait fermer le monde décidément pendant deux ou trois générations au moins s'il n'y avait plus de mensonges à raconter. On n'aurait plus rien à se dire ou presque.