La meilleure chose à faire, n'est-ce pas, quand on est dans ce monde, c'est d'en sortir? Fou ou pas, peur ou pas.
Œuvre
Voyage au bout de la nuit (1932)
230 citations · Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline · sur Dicocitations ↗
Les femmes surtout demandaient du spectacle et elles étaient impitoyables, les garces, pour les amateurs déconcertés. La guerre, sans conteste, porte aux ovaires, elles en exigeaient des héros.
Nous vivions un grand roman de geste, dans la peau de personnages fantastiques, au fond desquels, dérisoires, nous tremblions de tout le contenu de nos viandes et de nos âmes.
Trahir, qu'on dit, c'est vite dit. Faut encore saisir l'occasion. C'est comme d'ouvrir une fenêtre dans une prison trahir. Tout le monde en a envie, mais c'est rare qu'on puisse.
Les chats trop menacés par le feu finissent tout de même par aller se jeter dans l'eau.
Toute la jeunesse aboutit sur la plage glorieuse, au bord de l'eau, là où les femmes ont l'air d'être libres enfin, où elles sont si belles qu'elles n'ont même plus besoin du mensonge de nos rêves.
Les élans du coeur m'étaient devenus tout à fait désagréables, je préférais ceux du corps tout simplement.
La peur ne dit ni oui, ni non. Elle prend tout ce qu'on dit la peur, tout ce qu'on pense, tout. Ca ne sert pas même d'écarquiller les yeux dans le noir dans ces cas-là. C'est de l'horreur de perdue et puis voilà tout.
La grande défaite en tout, c'est d'oublier.
C'est triste des gens qui se couchent, on voit bien qu'ils se foutent que les choses aillent comme elles veulent, on voit bien qu'ils ne cherchent pas à comprendre eux, le pourquoi qu'on est là.
La guerre avait brûlé les uns, réchauffé les autres, comme le feu torture ou conforte, selon qu'on est placé dedans ou devant.
Ca serait pourtant pas si bête s'il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants.
Mon sentiment c'était comme une maison où on ne va qu'aux vacances. C'est à peine habitable. Et puis aussi c'est exigeant un agonique. Agoniser ne suffit pas. Il faut jouir en même temps qu'on crève, avec les derniers hoquets faut jouir.
Voyager, c'est bien utile, ça fait travailler l'imagination. Et puis d'abord tout le monde peut en faire autant. Il suffit de fermer les yeux.
La grande fatigue de l'existence n'est peut-être en somme que cet énorme mal qu'on se donne pour demeurer vingt ans, quarante ans, davantage, raisonnable, pour ne pas être simplement, profondément soi-même, c'est à dire immonde, atroce, absurde.
On n'a plus beaucoup de musique en soi pour faire danser la vie, voilà. Toute la jeunesse est allée mourir déjà au bout du monde dans le silence de vérité.
Si les gens sont si méchants, c'est peut-être seulement parce qu'ils souffrent.
On n'est jamais mécontent qu'un adulte s'en aille, ça fait toujours une vache de moins sur terre, qu'on se dit, tandis que pour un enfant, c'est tout de même moins sûr. Il y a l'avenir.
J'étais un enfant alors, elle me faisait peur la prison. C'est que je ne connaissais pas encore les hommes.
On ne se parlait pas beaucoup, on n'avait plus grand-chose à se dire. D'abord, à quoi ça sert, les mots quand on est fixé ? A s'engueuler et puis c'est tout.
Un jour qui n'est rien qu'une simple journée de 24 heures c'est pas tolérable. Ca ne doit être qu'un long plaisir presque insupportable une journée, un long coït une journée, de gré ou de force.
La misère poursuit implacablement et minutieusement l'altruisme et les plus gentilles initiatives sont impitoyablement châtiées.
La vie c'est un petit bout de lumière qui finit dans la nuit.
La vie c'est une classe dont l'ennui est le pion, il est là tout le temps à vous épier d'ailleurs, il faut avoir l'air d'être occupé, coûte que coûte, à quelque chose de passionnant, autrement il arrive et vous bouffe le cerveau.
D'ailleurs, les fleurs, c'est comme les hommes... Et plus c'est gros et plus c'est con !