Œuvre
Vie et Destin (1980)
La vie devient impossible quand on efface par la force les différences et les particularités.
La liberté n'est pas qu'un bien ; la liberté est difficile, elle est parfois malheur, elle est la vie.
Une des propriétés les plus extraordinaires de la nature humaine qu'ait révélé cette période est la soumission. On a vu d'énormes files d'attente se constituer devant les lieux d'exécution et les victimes elles-même veillaient au bon ordre de ces files
L'innocence personnelle est un vestige du Moyen Age. c'est de l'Alchimie! Tostoï a dit qu'il n'y avait pas, sur terre d'hommes coupables.Nous autres, tchékistes, avons mis au point une thèse supérieure; il n'y a pas, sur terre, de gens innocents.
Deux hommes étaient assis dans une pièce misérable, pendant une guerre terrible qui s'était emparée du monde entier, et un lien merveilleux les unissait à des hommes qui vivaient dans d'autres pays, à des hommes qui avaient vécu il y a des centaines d'années, à des hommes dont la pensée avait toujours aspiré vers ce que l'homme peut faire de plus beau et de plus pur.
Puis Staline nous apprit énormément de choses. Pour qu'existe le socialisme dans un seul pays il fallait priver les paysans du droit de semer et de vendre librement, et Staline n'hésita pas : il liquida des millions de paysans. Notre Hitler s'aperçut que des ennemis entravaient la marche de notre mouvement national et socialiste, et il décida de liquider des millions de Juifs.
Tu sais, tantine, la vieille génération a toujours besoin de croire en quelque chose : pour Krymov, c'est Lénine et le communisme, pour papa la liberté, pour grand-mère le peuple et les travailleurs. Mais tout cela nous semble idiot, à nous, les jeunes. D'ailleurs, c'est bête de croire. Il faut vivre, sans croire à rien.
C'était cette sorte de bonté que condamne pour son absurdité la fable sur l'ermite qui réchauffa un serpent en son sein. C'est la bonté qui épargne la tarentule qui vient de piquer un enfant. Une bonté aveugle, insensée, nuisible !
Les hommes aiment à représenter dans des fables ou des récits des exemples du mal que provoque cette bonté insensée. Il ne faut pas la craindre ! La craindre serait craindre un poison d'eau douce accidentellement entraîné par la rivière dans les eaux salées de l'océan.
Le mal que peut parfois apporter à la société, à une classe, une race, un État cette bonté insensée pâlit en comparaison de la lumière qu'irradient les hommes qui en sont doués.
Elle est, cette bonté folle, ce qu'il y a d'humain en l'homme, elle est ce qui définit l'homme, elle est le point le plus haut qu'ait atteint l'esprit humain. La vie n'est pas le mal, nous dit-elle.
En mille ans, l'homme russe a vu de tout, la grandeur et la super-grandeur, mais il n'a jamais vu une chose : la démocratie.
En ces heures d'amertume où l'on brisait sa vie, il comprit la valeur de l'amour d'une femme. Une épouse ! La seule qui puisse chérir un homme piétiné par des bottes de fonte !
La bureaucratie, ce n'est pas drôle ; même en temps de paix, elle vous réduirait un homme à moins que rien.
Chaque époque a une ville qui la représente au monde et qui abrite son âme, sa volonté. Stalingrad fut cette ville pendant un certain temps de la Seconde Guerre mondiale. Il concentra toute la pensée et la passion du genre humain.
L'antisémitisme est l'expression du manque de talent, de l'incapacité de vaincre dans une lutte à armes égales, cela joue dans tous les domaines, dans les sciences comme dans le commerce, dans l'artisanat comme en peinture. L'antisémitisme est la mesure du manque de talent dans l'homme. Les États cherchent des explications à leurs échecs dans les menées de la juiverie internationale.
La violence exercée par un État totalitaire est si grande qu'elle cesse d'être un moyen pour devenir l'objet d'une adoration quasi mystique et religieuse.
Pour le commandement du camp, les détenus se distinguaient par leur numéro et par la couleur de la bande de tissu cousue à leur veste : rouge pour les politiques, noire pour les saboteurs, verte pour les voleurs et les assassins.
La violence et la contrainte exercées par les systèmes sociaux totalitaires ont été capables de paralyser dans des continents entiers l'esprit de l'homme.
Tolstoï a dit qu'il n'y avait pas, sur terre d'hommes coupables.Nous autres, tchékistes, avons mis au point une thèse supérieure; il n'y a pas, sur terre, de gens innocents.
C'étaient, selon toute apparence, deux vrais amis, liés par ce sentiment qui caractérise l'amitié : la certitude que le moindre événement dans la vie de l'un semblera important à l'autre.
Toute tentative d'imposer à l'humanité un bien général obligatoire absolu se termine par une catastrophe sanglante, semblable à celles qui ont accompagné toute l'histoire du christianisme, les mouvements socialistes ou la religion musulmane.
L'antisémitisme n'est jamais un but, il n'est qu'un moyen, il est la mesure des contradictions sans issues. L'antisémitisme est le miroir des défauts d'un homme pris individuellement, des sociétés civiles, des systèmes étatiques. Dis-moi ce dont tu accuses les Juifs et je te dirai ce dont tu es, toi-même, coupable.
Que dire des hommes. Ils m'étonnent en bien et en mal. Ils sont extraordinairement divers bien que tous connaissent le même destin. Mais si pendant l'orage, tous s'efforcent de s'abriter de la pluie, cela ne veut pas dire que tous les hommes sont semblables. Et d'ailleurs , ils s'abritent chacun à sa façon
Tu sais, il faudrait écrire une étude sur le désespoir dans les camps. Il y a le désespoir qui t'écrases, il y a celui qui se jette sur toi à l'improviste, il y a celuI qui t'étouffe, qui ne te permet plus de respirer. Et puis il y a celui qui ne t'écrase pas et ne t'étouffe pas; c'est celui qui déchire l'homme de l'intérieur, comme les monstres des profondeurs qu'on remonte à la surface de l'océan.