Œuvre

Un été dans le Sahara (1857)

Je n'entends pas d'autre bruit que celui du vent dans la toile des tentes et dans les arbres du jardin.
Il n'y avait plus rien que le noir, ce noir absolu qui doit exister seulement dans l'oeil éteint des aveugles.
Par moments, les palmiers se balancent comme pour secouer la poussière du jour.
Cette architecture bizarre se répète d'un bout à l'autre avec la plus exacte symétrie.
Des brises chaudes montaient, avec je ne sais quelles odeurs confuses et quelle musique aérienne du fond de ce village en fleurs.
Ce brusque retour des pluies nous a surpris au moment de monter à cheval.
Le caravansérail est formé d'une cour immense entre quatre murs. Sur deux faces, une galerie couverte pour les chevaux; aux quatre angles, une chambre pour les voyageurs.
La nuit était admirable, calme, chaude, ardemment étoilée comme une nuit de canicule.
Les pentes sont entièrement couvertes de broussailles, et les sommets se couronnent avec gravité de chênes verts, de chênes-lièges et d'arbres résineux.
Les maisons arabes ont tant de cicatrices qu'on ne peut reconnaître, et ici moins qu'ailleurs, si c'est le temps, la négligence ou la main d'un ennemi qui les a faites.
Au delà s'élève une double rangée de collines dorées, derniers mouvements du sol, qui, douze lieues plus loin, vont expirer dans la plaine immense et plate.
Ce passage est une déchirure étroite, qu'on dirait faite de main d'homme, dans une énorme muraille de rochers.
Les sommets se couronnent avec gravité de chênes vert, de chênes-lièges et d'arbres résineux.
L'été, on se demande où sont les rivières qui ont pu creuser de pareils lits.
Il était tellement criblé de balles, qu'on l'aurait dit fusillé par jugement.
Douce et vaillante bête, dès que l'homme a posé la main sur son cou pour empoigner ses crins, son oeil s'allume.
C'est un diable d'homme assez bizarre, grand, sec, à nez crochu, sanglé, botté, coiffé haut, qui se déhanche en marchant avec des airs d'acrobate et une certaine mine de mauvais sujet.
On voyait luire ses petits yeux devenus couleur de braise, et, dans ses mâchoires ouvertes tout à coup par ce large accès de gaieté, je vis briller des dents pareilles à des crocs de carnassiers.
C'est à la pluie que j'ai dû de connaître, une première fois, il y a cinq ans, le pays du perpétuel Eté.
Ces deux livres terminés, à deux ans de distance et pour ainsi dire écrits d'une haleine, je les publiai comme ils étaient venus ...
Le douar ne comptait pas plus de quinze ou vingt tentes, ce qui représente à peine le plus petit des hameaux nomades.
Allant toujours du même pas, par longues enjambées, avec cette élasticité du genou qui est l'art des grands marcheurs.
La femme fuit, elle élude, mais un mot plus doux la blesse au coeur.
Au pied on aperçoit une multitude de tombes serrées, accumulées, empiétant les unes sur les autres; la foule des morts s'y presse; c'est à qui dormira le plus près du saint.
Si quelque chose égale la sobriété des Arabes, c'est leur gloutonnerie. Admirables estomacs, qui tantôt ne mangent pas de quoi satisfaire un enfant, et tantôt se satisfont tout juste de ce qui étoufferait un ogre.