Combien des maux passés douce est la souvenance.
Œuvre
Stances
J'aime à voir de beautés la branche déchargée - A fouler le feuillage étendu par l'effort - D'Automne, sans espoir leur couleur orangée - Me donne pour plaisir l'image de la mort.
J'aime mieux, en soucis et pensers élevés, - Etre un aigle abattu d'un grand coup de tonnerre - Qu'un cygne vieillissant ès jardins cultivés.
J'aime qu'à mes desseins la fortune s'oppose: - Car la peine de vaincre en accroît le plaisir.
Beauté mon beau souci, de qui l'âme incertaine - A comme l'Océan son flux et son reflux: - Pensez de vous résoudre à soulager ma peine, - Ou je me vois résoudre à ne la souffrir plus.
C'est la toile sans fin de la femme d'Ulysse, - Dont l'ouvrage du soir au matin se défait.
Je ne trouve la paix qu'à me faire la guerre.
La moisson de nos champs lassera les faucilles, - Et les fruits passeront la promesse des fleurs.
La nuit est déjà proche à qui passe midi.
Le pauvre en sa cabane où le chaume le couvre - Est sujet à ses lois - Et la garde qui veille aux barrières du Louvre - N'en défend point nos rois.
N'espérons plus, mon âme, aux promesses du monde, - Sa lumière est un verre, et sa faveur une onde - Que toujours quelque vent empêche de calmer; - Quittons ces vanités, lassons-nous de les suivre.
Tout le plaisir des jours est en leurs matinées.
Ah! que c'est peu de l'homme! et que cette lumière - Qui nous fait vivre peu, de peu de vent s'esteint.
Si je voyais la fin de l'âge qui te reste - Ma raison tomberait sous l'excès de mon deuil - Je pleurerais sans cesse un malheur si funeste, - Et ferais, jour et nuit, l'amour à ton cercueil.
On ne voit point tomber ni tes lys ni tes roses, - Et l'hiver de ta vie est ton second printemps.
Encor sur le pavé sonne mon pas nocturne.
Ne dites pas: la vie est un joyeux festin; - Ou c'est d'un esprit sot, ou c'est d'une âme basse. - Surtout ne dites point: elle est malheur sans fin; - C'est d'un mauvais courage, et qui trop tôt se lasse.
Paris, ô noir dormeur, chant sur l'enclume, - Et sourire dans les sanglots.
Au crépuscule de mes jours - Rejoignez, s'il se peut, l'aurore.
Rendez-vous donc, ô divine Amarante, - Soumettez-vous aux volontés d'Amour; - Aimez pendant que vous êtes charmante, - Car le temps passe, et n'a point de retour.
Souffrez qu'Amour cette nuit vous réveille; - Par mes soupirs laissez-vous enflammer: - Vous dormez trop, adorable merveille; - Car c'est dormir que de ne point aimer.
Ne craignez rien: dans l'amoureux empire - Le mal n'est pas si grand que l'on le fait; - Et lorsqu'on aime, et que le coeur soupire, - Son propre mal souvent le satisfait.
Mes pleurs n'ont pu depuis fléchir cette infidèle, - A quitter un séjour qu'elle trouva si doux; - Et je suis en langueur, sans repos et sans elle, - Et sans moi-même aussi, lorsque je suis sans vous.
Toutes les passions s'éteignent avec l'âge; - L'amour-propre ne meurt jamais. - Ce flatteur est tyran, redoutez ses attraits.
Ce qui nous réconforte, c'est que la bonne cause est toujours la plus forte.