Auteur

Jean Moréas

Encor sur le pavé sonne mon pas nocturne.
Ne dites pas: la vie est un joyeux festin; - Ou c'est d'un esprit sot, ou c'est d'une âme basse. - Surtout ne dites point: elle est malheur sans fin; - C'est d'un mauvais courage, et qui trop tôt se lasse.
Paris, ô noir dormeur, chant sur l'enclume, - Et sourire dans les sanglots.
Un bonheur passionné ressemble à de l'angoisse.
Je vois des bois de myrte aux nymphes familiers - Et des ruisseaux furtifs où boivent les dorcades.
A l'heure où la Grande Ourse décline; - Et tu porteras - car je le veux - - Parmi les bandeaux de tes cheveux - La fleur nommée asphodèle.
Tes yeux regarderont mes yeux; - A l'heure où la grande Ourse décline. - Et mes yeux auront la couleur - De la fleur nommée asphodèle.
Tes yeux regarderont mes yeux, - Et vacillera tout ton être, - Comme le mythique rocher - Vacillait, dit-on, au toucher - De la fleur nommée asphodèle.
C'est le passé, c'est le passé. - Qui pleure la tendresse morte; - C'est le bonheur que l'heure emporte. - Qui chante sur un ton lassé.
Le caractère essentiel de l'art symbolique consiste à ne jamais aller jusqu'à la conception de l'idée en soi.

Œuvres de Jean Moréas

Cantilènes (1886)Le Figaro, 18 septembre 1886.Le Pèlerin passionné (1891)Le Voyage de GrèceLes Syrtes (1884), RemembrancesStances