Œuvre
Sourires de loup (2000)
Faut te tenir un peu au courant, mon vieux, dit Shiva, parlant lentement, patiemment. « Organes de la femme, point G, cancer des testicules, ménopause, andropause… la crise de la cinquantaine fait partie de ces trucs. C’est le genre d’informations que l’homme moderne se doit de posséder.
C'est vrai qu'on m'a mariée à Samad Iqbal le soir même du jour où je l'ai rencontré pour la première fois. C'est vrai que je ne le connaissais ni d'Eve ni d'Adam. Mais il ne me déplaisait pas. On s'est rencontrés dans la salle du petit déjeuner d'un hôtel de Delhi, un jour où il faisait une chaleur épouvantable, et il m'a éventée avec le Times. J'ai trouvé qu'il avait un visage sympathique, une voix douce et un joli p'tit derrière pour un homme de son âge. Bon. Maintenant, chaque fois que je découvre quelques chose sur son compte, je l'apprécie un peu moins. Donc, tu vois, tout compte fait, on était nettement mieux avant...
C'est drôle, mais quand on passé un bout de temps quelque part, on finit par constater que c'est ce les gens aiment vous entendre que, dans le temps, c'était la vie en rose. C'est un besoin chez eux.
Parce qu'il n'y a plus d'objets ni d'évènements insolites, pas plus qu'il n'y en a de sacrés. Tout est connu, convenu, attendu. Tout est à la télé.
Celui que j'envoie au pays revient cent pour cent anglais, costume blanc et perruque d'avocat. Et celui que je garde ici finit comme terroriste fondamentaliste à plein temps.
Au fond, le divorce, c'est ça : récupérer des choses dont on ne veut plus chez des gens que l'on n'aime plus.
Si la religion est l'opium du peuple, la tradition, elle, constitue un analgésique bien plus sournois, pour la bonne raison qu'elle est rarement perçue comme telle.
Toutes les veilles de nouvel an sont une sorte d'apocalypse miniature.
Si je devais choisir entre trahir mon ami et trahir mon pays, j'espère que j'aurai le cran de choisir le second.
Parce qu'il y a autre chose à propos des immigrants (réfugiés, émigrés, voyageurs) : ils ne peuvent pas davantage échapper à leur histoire que vous-même n'avez le loisir d'abandonner votre ombre.
Un homme est un homme, un point c'est tout. Si sa famille est menacée, sa religion attaquée, son mode de vie détruit, tout son univers en train de s'effondrer autour de lui, alors il devient capable de tuer. Ne crois pas qu'il laissera le nouvel ordre l'écraser sans d'abord lutter. Il y aura des gens qu'il n'hésitera pas à tuer.
Ce qui prouve que ce que l'on a souvent dit des migrants est vrai : ils sont plein de ressources; ils savent faire avec. Ils se servent de ce qu'ils peuvent quand ils peuvent comme ils peuvent.
Quand les murs s'effondreront , que le ciel s'assombrira et grondera la terre. A ce moment là, nous serons ce que nos actes auront fait de nous. Et peu importe que ce soit Allah, Jésus, ou Bouddha qui te regarde, ou qui tout aussi bien, ne te regarde pas. Quand il fait froid, on voit la buée qu'on fait en respirant ; quand il chaud, on ne voit rien. Et pourtant, dans un cas comme dans l'autre, on respire bel et bien.
Mo croyait ferme qu’en matière de pigeon, il fallait s’attaquer directement à la racine du mal, laquelle n’était pas la fiente, mais le pigeon lui-même. L'ennui, c'est pas la merde, c'est le pigeon semeur de merde, tel était son mantra favori.