Pour éprouver la soif, il faut être vivant.
On n'apprend des vérités si fortes qu'en ayant soif, qu'en éprouvant l'amour et en mourant : trois activités qui nécessitent un corps.
Se sentir plus intelligent qu'autrui est toujours le signe d'une déficience.
Rien n'est plus irritant que ces gens qui, sous prétexte qu'ils vous aiment, prétendent vous connaître par coeur.
L'amour concentre la certitude et le doute : on est sûr d'être aimé autant qu'on en doute, non pas tour à tour, mais en une simultanéité déconcertante.
Quand on tombe amoureux, on devient présent à un point phénoménal. Par la suite, ce n'est pas l'amour qui se dissipe, c'est la présence. Si vous voulez aimer comme au premier jour, c'est votre présence qu'il faut cultiver.
Quand quelqu'un meurt, c'est fou ce qu'on pense à lui. Pour beaucoup de gens, c'est carrément le seul moment où l'on pense à eux.
Les gens changent seulement si cela vient d'eux, et il est rarissime qu'ils le veuillent réellement. Neuf fois sur dix, leur désir de changement concerne les autres. "Il faut que ça change", phrase entendue ad nauseam, signifie que que les gens devraient changer.
Nous sommes dans cette situation luxueuse d'être au même instant l'auteur et le lecteur : un écrivain qui créerait pour son propre enchantement. Nul besoin de stylo ou de clavier lorsque l'on écrit dans le tissu de son délice.
C'est à cela que l'on sait si l'on est amoureux : à ce que l'on ne choisit pas.
Il ne faut rien connaître à rien pour penser que l'on peut changer quelqu'un. Les gens changent seulement si cela vient d'eux, et il est rarissime qu'ils le veuillent réellement.
Cela n'empêche et n'empêchera pas une importante proportion des gens d'affirmer qu'il n'y a rien après la mort. C'est une conviction qui ne me choque pas, si ce n'est par son aspect péremptoire et surtout par l'intelligence supérieure dont se targuent ses tenants. comment s'en étonner ? Se sentir plus intelligent qu'autrui est toujours le signe d'une déficience.
Là où je suis, je m'autorise tous les blasphèmes : je ne crois pas au diable. Croire en lui, c'est inutile. Il y a bien assez de mal sur terre sans en rajouter une couche.
Je ne crois pas au diable. Croire en lui, c'est inutile. Il y a bien assez de mal sur terre sans en rajouter une couche.
La condition humaine entière se résume ainsi : ça pourrait être pire.
Ce brave homme, qui ne parlait pas plus que ma mère et moi, avait le talent de donner le change : il écoutait les gens si fort qu'on croyait entendre sa réponse.
On dit que l'amour aveugle. J'ai constaté le contraire. L'amour universel est un acte de générosité qui suppose une lucidité douloureuse. Quant à l'état amoureux, il ouvre les yeux sur des splendeurs invisibles à l'oeil nu.
Ce que l'esprit ne comprend pas, le corps le saisit.
Il y a des gens qui pensent ne pas être des mystiques. Ils se trompent. Il suffit d'avoir crevé de soif un moment pour accéder à ce statut. Et l'instant ineffable où l'assoiffé porte à ses lèvres un gobelet d'eau, c'est Dieu.
Quand on cesse d'avoir faim, cela s'appelle satiété. Quand on cesse d'être fatigué, cela s'appelle repos. Quand on cesse de souffrir, cela s'appelle réconfort. Cesser d'avoir soif ne s'appelle pas.
La langue dans sa sagesse a compris qu'il ne fallait pas créer d'antonyme à la soif.
Il faut accepter ce mystère : vous ne pouvez pas concevoir ce que les autres voient dans votre visage.
J'ai la conviction infalsifiable d'être le plus incarné des humains. Quand je m'allonge pour dormir, ce simple abandon me procure un plaisir si grand que je dois m'empêcher de gémir.
Comment ai-je pu choisir d'être moi ? Pour la raison qui préside l'immense majorité des choix : par l'inconscience. Si on se rendait compte, on ne choisirait pas de vivre.
S'il n'y avait pas eu en moi cette trace sombre, je n'aurais jamais pu tomber amoureux. L'état amoureux ne guette pas les êtres étrangers au mal. Non qu'il y ait quoi que ce soit de mal dans cet état, mais il faut, pour le connaître, receler les gouffres qui permettront l'apparition d'un si profond vertige
Les trente-sept miraculés ont déballé leur linge sale. Celui qui m'a le plus amusé, c'est l'ex-possédé de Capharnaüm :
-ma vie est devenue d'une platitude depuis l'exorcisme!
L'ancien aveugle s'est plaint de la laideur du monde, l'ancien lépreux a déclaré que plus personne ne lui octroyait l'aumône, le syndicat des pêcheurs de Tibériade m'a accusé d'avoir favorisé une équipe à l'exclusion des autres, Lazare a raconté combien il était odieux de vivre avec une odeur de cadavre qui vous collait à la peau.