L'amitié est une chose bizarre : on n'aime ses amis ni pour leur corps ni pour leurs idées. En ce cas, d'où cet étrange sentiment provient-il ?
❧
Cela n'empêche et n'empêchera pas une importante proportion des gens d'affirmer qu'il n'y a rien après la mort. C'est une conviction qui ne me choque pas, si ce n'est par son aspect péremptoire et surtout par l'intelligence supérieure dont se targuent ses tenants. comment s'en étonner ? Se sentir plus intelligent qu'autrui est toujours le signe d'une déficience.
◆
À lire aussi de Amélie Nothomb
Je ne critique pas, boire est si délicieux. Je regrette néanmoins que nul n'explore l'infini de la soif, la pureté de cet élan, l'âpre noblesse qui est la nôtre à l'instant où nous l'éprouvons.
Je m'aperçois à l'instant qu'à l'adjectif lisse ne correspond aucun substantif. Pas étonnant : le vocabulaire du bonheur et du plaisir a toujours été le plus pauvre, et ce dans toutes les langues.
Or la liberté ne peut s'embarrasser de suspicion. Celui qui a décidé d'être libre ne peut avoir de ces pensées mesquines, tatillonnes, comptables, pourquoi a-t-il dit ça et non ceci, etc. Je voulais vivre à grandes enjambées, m'exalter d'exister.
Voici comment il théorisa son constat : si la caractéristique masculine était la vulgarité, la caractéristique féminine était l'insatisfaction.
Dans la même œuvre
Pour éprouver la soif, il faut être vivant.
On n'apprend des vérités si fortes qu'en ayant soif, qu'en éprouvant l'amour et en mourant : trois activités qui nécessitent un corps.
Se sentir plus intelligent qu'autrui est toujours le signe d'une déficience.
Rien n'est plus irritant que ces gens qui, sous prétexte qu'ils vous aiment, prétendent vous connaître par coeur.
L'amour concentre la certitude et le doute : on est sûr d'être aimé autant qu'on en doute, non pas tour à tour, mais en une simultanéité déconcertante.