Œuvre

Propos sur l'éducation (1932)

On n'observe jamais qu'à travers les idées qu'on a, ou, autrement dit, que les moyens d'expression règnent tyranniquement sur les opinions.
Cet ennui du paresseux, qui attend toujours que le plaisir lui vienne comme par magie.
Nous ne nous instruisons que par des fautes inexcusables.
L'erreur est facile à tous; plus facile peut-être à celui qui croit savoir beaucoup.
Ce n'est pas grand-chose d'avoir des idées, le tout est de les appliquer, c'est-à-dire de penser par elles les dernières différences.
Dès qu'un enfant comprend quelque chose, il se produit en lui un mouvement admirable. S'il est délivré de la crainte et du respect, vous le voyez se lever, dessiner l'idée à grands gestes, et soudain rire de tout son coeur, comme au plus beau des jeux.
Il n'est pas bon que le pouvoir d'observer se développe plus vite que l'art d'interpréter.
Le doute n'est pas au-dessous du savoir, mais au-dessus.
L'algèbre ressemble à un tunnel; vous passez sous la montagne, sans vous occuper des villages et des chemins tournants; vous êtes de l'autre côté, et vous n'avez rien vu.
Savoir, et ne point faire usage de ce qu'on sait, c'est pire qu'ignorer.
Ce qui est nuisible, dans les classements scolaires, c'est la mauvaise place, non la bonne. La mauvaise place qualifie et pèse le médiocre, et le scelle sur lui-même.
Si les pédagogues ne sont pas détournés vers d'autres proies, il arrivera que les instituteurs sauront beaucoup de choses, et que les écoliers ne sauront plus rien du tout.
L'amour est sans patience. Peut être il espère trop, peut être la moindre négligence lui apparaît elle comme une sorte d'insulte.
Penser, c'est aller d'erreur en erreur. Rien n'est tout à fait vrai.
L'homme se forme par la peine; ses vrais plaisirs, il doit les gagner, il doit les mériter. Il doit donner avant de recevoir. C'est la loi.
Selon l'idéal démocratique, une élite qui n'instruit pas le peuple est plus évidemment injuste qu'un riche qui touche ses loyers et ses coupons.
Le beau étant le signe du vrai, et la première existence du vrai en chacun, c'est donc dans Molière, Shakespeare, Balzac que je connaîtrai l'homme, et non point dans quelque résumé de psychologie.
Et enfin il n'y a de progrès, pour nul écolier au monde, ni en ce qu'il entend ni en ce qu'il voit, mais seulement en ce qu'il fait.