Œuvre

Propos sur l'éducation (1932)

Il n'y a qu'une méthode pour inventer, qui est d'imiter. Il n'y a qu'une méthode pour bien penser, qui est de continuer quelque pensée ancienne et éprouvée.
Jamais un orateur n'a pensé en parlant; jamais un auditeur n'a pensé en écoutant.
L'enseignement doit être résolument retardataire.
On dit que les nouvelles générations seront difficiles à gouverner. Je l'espère bien.
Tous les moyens de l'esprit sont enfermés dans le langage; et qui n'a point réfléchi sur le langage n'a point réfléchi du tout.
Les vrais problèmes sont d'abord amers à goûter; le plaisir viendra à ceux qui auront vaincu l'amertume.
Toute l'enfance se passe à oublier l'enfant qu'on était la veille.
Le travail a des exigences étonnantes, et que l'on ne comprend jamais assez. Il ne souffre point que l'esprit considère des fins lointaines; il veut toute l'attention. Le faucheur ne regarde pas au bout du champ.
A s'informer de tout, on ne sait jamais rien.
Remarquez qu'il y a bien moins de différence entre un homme courageux dans une rencontre, et le même, poltron en une autre, qu'entre deux héros ou deux poltrons.
Le doute est le signe de la certitude.
La vertu d'un homme ressemble bien plus à ses propres vices qu'à la vertu du voisin.
Les vices ne sont que des vertus à mi-chemin.
J'en viens à ceci, que les travaux d'écolier sont des épreuves pour le caractère, et non point pour l'intelligence. Que ce soit orthographe, version ou calcul, il s'agit de surmonter l'humeur, il s'agit d'apprendre à vouloir.
Ce qui intéresse n'instruit jamais.
Ces théorèmes sévères ne sont pas intéressants par eux-mêmes; c'est que par eux-mêmes ils ne sont pas; il faut les faire et les soutenir. Mais cette lumière, alors, qu'ils montrent, est plus belle que l'aurore; c'est l'aurore de l'esprit.
Le souvenir commence avec la cicatrice.
Et il faut remarquer qu'une grandeur redoutable de l'homme est en ceci qu'il peut se résigner, et même trouver une sorte de consolation à prédire son propre malheur.
Dès que l'on s'instruit en vue d'enseigner, on s'instruit mal.
Le maître écoute et surveille bien plus qu'il ne parle. Ce sont les grands livres qui parlent, et quoi de mieux?
Le métier de surveiller rend stupide et ignorant; cela est sans exception.
Il arrive que les maîtres, surtout jeunes, se plaisent à discourir; et les élèves ne se plaisent pas moins à écouter; c'est la ruse de la paresse. Mais nul ne s'instruit en écoutant; c'est en lisant qu'on s'instruit.
Dès que nous tenons une opinion, elle nous tient.
Etre cultivé c'est, en chaque ordre, remonter à la source et boire dans le creux de sa main, non point dans une coupe empruntée.
L'orthographe est de respect; c'est une sorte de politesse.