Œuvre

Petits crimes conjugaux (2003)

Qu'est-ce que c'est, aimer un homme d'amour? C'est l'aimer malgré soi, malgré lui, envers et contre tout. C'est l'aimer d'une façon qui ne dépend plus de personne.
Ce n'est pas raisonnable d'aimer toujours, d'aimer longtemps, c'est de la folie pure. La raison, c'est d'aimer juste le temps où c'est agréable.
La décadence de l'amour! Les termites! Ces insectes qui bouffent les poutres et les charpentes. On ne les voit pas, on ne les entend pas, ils grignotent jusqu'à ce qu'un jour la maison s'écroule.
Les hommes fantasment la liberté plus qu'ils ne l'utilisent, ils la gardent précieusement sur une étagère au lieu de l'employer. Là, elle sèche, se racornit et meurt bien avant eux. Car la liberté n'existe que si l'on s'en sert.
C'est étrange une amnésie. Comme une réponse à une question qu'on ignore.
Le pessimisme demeure le privilège de l'homme qui réfléchit.
C'est très douloureux d'être obligé de croire les autres pour savoir qui l'on est.
C'est irrationnel d'aimer, c'est une fantaisie qui n'appartient pas à notre époque, ça ne se justifie pas, ce n'est pas pratique, c'est à soi-même sa seule justification.
Tu m'as resservi ta vieille théorie selon laquelle un homme prend une maîtresse pour rester avec son épouse tandis qu'une femme prend un amant pour quitter son mari.
Boire, c'est croire qu'on vient de fermer sa porte à l'ennemi alors qu'on vient de l'installer chez soi, de façon définitive, derrière les verrous du silence.
La caractéristique des hommes, c'est qu'ils refusent leur destin. Ils préfèrent leur liberté.