Œuvre

Ouragan (2010)

Il y a de la noblesse à éprouver son insignifiance, de la noblesse à savoir qu'un coup de vent peut balayer nos vies et ne rien laisser derrière nous, pas même le vague souvenir d'une petite existence.
La nature n'en peut plus de notre présence, de sentir qu'on la perce, la fouille et la salit sans cesse. Elle se tord et se contracte avec rage.
Je n'ai pas peur, moi, Joséphine Linc. Steelson, il n'y a plus rien à détruire en moi que ma volonté et cela personne ne l'entamera, car je suis faite de cela et de rien d'autre, un bloc noir de volonté qui ne fait que durcir avec le temps.
La tempête approche et elle sera pour eux, comme toujours, les miséreux aux vies usées, et pour eux seuls.
Qu'a-t-il, son enfant à elle, pour fuir ainsi les hommes et aimer le silence d'une ville qui se noie ? Qu'a-t-elle fait naître en lui de tordu, à force de doutes et de fatigue, pour qu'il contemple le monde avec un regard si circonspect ?
Je croyais le monde dévasté, mais Vous me murmurez à l'oreille que ce n'est pas fini et que les hommes n'ont pas encore payé. Qu'ils périssent, Seigneur, s'ils Vous ont offensés.
Il prend le temps de la regarder et ce regard n'est pas dur à soutenir comme tous ceux dont elle a l'habitude, ce regard est un abri qui l'enveloppe.
Il est là, revenu de son passé, revenu de l'autre bout de la ville, le corps fatigué, torse nu, il est là, l'homme qui lui manquait. Elle le sent maintenant : elle est bancale depuis six ans.
Il n'y a que cela qui fasse tenir le monde debout, la fidélité des hommes à ce qu'ils ont choisi.