Œuvre
Oublier Palerme (1996)
Il y a des rêves qui, une fois dérangés, ne laissent aucune place à l'espoir.
Non, la douleur n'est pas un naufrage. Elle n'engloutit pas, elle déferle, elle frappe. L'espace d'un éclair et se sentir vidée de son sang, le souffle et les jambes coupées, des crocs dans l'estomac, c'est cela la douleur.
La mort a des ruses étranges. Elle masque sa démarche, et les signes avant-coureurs de sa victoire peuvent souvent être interprétés à faux.
Il arrive ainsi, souvent, que la banalité exprimée à haute voix finisse par étouffer la vérité tenue secrète.
On devient curieux d'autrui lorsqu'une élémentaire hygiène mentale exige de se désintéresser de soi-même.
On a beau vouloir couper avec le passé, quelque chose malgré tout demeure, qui s'accroche et dont on a le plus grand mal à se débarrasser. Il faut s'arranger de ce qui remonte dans les souvenirs comme une bulle du fond d'un marais ; il faut prévoir la main qui dans le rêve se pose plus vraie que vraie ; il faut craindre l'inconnu dont le sourire déclenche un serrement de coeur ; il faut lutter contre les bras qui ne vous cherchent plus. Il faut se mentir, être lâche, toujours prévoir le pire et savoir qu'à la moindre défaillance le combat reprendra du début.
Un souvenir vous colle à la peau, vous appartient comme une enfance.
Il n'y a que les amoureux auxquels il n'arrive rien... L'amour est une fable qui se suffit à elle-même.
Les mots jaillissaient comme d’une mémoire insoupçonnée et à peine prononcés se convertissaient en un plaisir irrésistible, à la manière de ces chansons qui renaissent à fleur de lèvres, traînant à leur suite toutes sortes de souvenirs, un air oublié que l’on sifflote, puis que l’on fredonne en se demandant comment, mais comment l’ai-je retrouvé ?
Il suffit d’un rien, d’un geste, d’un regard où l’on devine la lassitude. C’est cette chiquenaude imprévisible, cette brusque embardée qui nous fait basculer sans que nous nous en doutions du bonheur dans le malheur, c’est cela que l’on appelle le mauvais oeil... Avoue que l’on aurait tort de ne pas se prémunir.
Je veux de l’inutile, du majestueux, je veux des bustes en marbre sur des façades lépreuses, je veux des rues où l’on s’égare, un labyrinthe, un dédale, les chansons hurlées de mon quartier et les bars grands ouverts, je veux des dieux à triple visage et des allégories aux carrefours, je veux de l’inexplicable, de la légende et des dragons, de vastes jardins et des gerbes d’étoiles, je veux Palerme...