Œuvre
On ne voyait que le bonheur (2014)
Quand tu es petit les étoiles sont plus éloignées et les rêves plus grands. Tu dois sauter pour attraper une pomme à un arbre, arracher quelques cerises. Tu as mille victoires.
Pourquoi le bonheur et les arc-en-ciel ne sont-ils pas faits pour durer ?
La douleur, c'est comme un corps étranger. On finit par fabriquer une coque, pour ne plus la sentir. Mais on ne peut pas guérir de ce qu'on ne sent pas.
L'amour rend aveugle, et sourd, et seul, et mutile, et on ne le sait qu'après.
On grandit mal sans l'ombre d'une mère. On grandit de traviole. On devient des ronces.
Une chance, c'est le cadeau du pardon.
Un jour de douleur efface mille jours de bonheur. C'est injuste.
Comprendre, c'est faire un pas de géant vers l'autre. C'est le début du pardon.
Et si la désobéissance était le début de la paix ? Désobéir, décider, au risque de mettre sa vie en danger, et si c'était le danger, justement, que se trouvait le salut ? La dignité de soi. Les retrouvailles de soi.
Pourquoi est-ce lorsqu'on les perd qu'on croise enfin ceux qui nous ont manqué ?
Les hommes ne se relèvent jamais, c'est ce qui les rend touchants. Ils tombent toujours, avec plus ou moins de distinction ; leurs bras se tendent, leurs mains s'agrippent au vide de leurs illusions, leurs ongles se cassent.
Il ne reste de ceux qui nous manquent que le manque justement que nous avons d'eux.