Œuvre
Mille et une pensées (2005)
Pour bénéficier d'une accélération de notoriété à bord d'un convoi de m'as-tu-vu, toutes les directions sont bonnes à condition qu'elles mènent vers un abus, vers un scandale ou vers un problème, de préférence insoluble.
En chevrotant avec émotion, au-dessus d'une tombe fraîchement creusée, le rituel: «Il ne sera pas remplacé», on enterre de la même façon et vec une logique identique les génies et les minables.
La vague d'incestes qui submerge les tribunaux et les librairies donne une belle leçon aux séducteurs impénitents qui ne pensent qu'à abandonner leur famille pour commettre leurs frasques...
Le permis à points est une jolie trouvaille puisqu'il propose un crédit d'imprudences à des gens qui n'ont souvent plus un franc à la banque.
Les historiens du XXe siècle noteront sans doute plus tard que c'est à l'époque où la sidérurgie connut ses difficultés majeures que les industries ont opéré le plus de fusions.
Le soulagement de la misère est au prix du maintien des classes aisées. On voit rarement les mendiants se faire la charité entre eux.
Etrange et discutable institution que celle des impôts dont une bonne partie s'égare entre deux poches lorsqu'ils ne coûtent pas plus à recouvrer qu'ils ne rapportent.
C'est un spectacle dont on ne se lasse pas que celui de voir des élus, qui ne seront sans doute plus là pour qu'on les remercie, promettre le bonheur à des électeurs qui ne seront peut-être plus là pour en profiter.
Cotation en Bourse: possibilité de vendre à des gens qu'on ne connaît pas un produit qu'ils ignorent.
En politique, la durée d'une traversée du désert est laissée à l'initiative des chameaux.
Il faut croire que, en France, la taille moyenne des hommes politiques est supérieure à celle des électeurs puisqu'ils sont les seuls à apercevoir le bout du tunnel.
La conjoncture: ce «pas de chance» des dirigeants de haut niveau.
L'extrême fragilité des hommes politiques: ils s'ennuient à mourir dès qu'ils ne peuvent plus s'écouter parler.
Egalité des chances: formule par laquelle un tribun installé gratuitement dans un palais national promet aux citoyens l'accès payant aux HLM.
Le combat politique récompense surtout l'opportunisme rebaptisé courage quand les professionnels du suffrage universel savent attendre longtemps.
En vacances, l'élu important doit jouer au tarot avec sa famille, au tennis avec ses gardes du corps et à cache-cache avec les journalistes qui ont sacrifié leurs congés pour décrire les siens.
Désormais, ce sont les contribuables qui, au nom de la démocratie participative, doivent subventionner les mouvements politiques. On finira par regretter l'époque où des prospères promoteurs immobiliers crachaient seuls au bassinet.
L'avenir, comme l'a dit le poète, n'appartient à personne et surtout pas aux élus dont les mandats durent toujours moins longtemps que les problèmes des électeurs.
Il en est de la séduction des peuples comme de celle des femmes: c'est en racontant n'importe quoi qu'on fait le plus de conquêtes.
Ce n'est pas la vertu qui manque à la classe dirigeante, souvent compromise dans de sordides affaires, c'est la fortune personnelle.
Ah! l'onction du suffrage universel, ce sacrement démocratique administré par les fidèles de l'isoloir aux chanoines de la République.
En politique, l'avenir appartient à ceux qui oublient leur passé et ne se soucient pas du présent.
Trois longs mois pour établir que le pétrole de l'Erika était cancérigène. On tremble rétrospectivement pour les ministres qui, inconscients du danger, ont serré la main des nettoyeurs bénévoles.
A chaque disparition ministérielle, ce sont les archives qu'on incinère.
Un leader de l'opposition réclame «le droit d'être lui-même». C'est le souhait de tous ceux qui regrettent de n'être pas quelqu'un d'autre.