Œuvre

Les hommes cruels ne courent pas les rues (1990)

Que j'aime quand il me regarde avec des yeux qui m'écoutent. Qui me disent que je suis unique.
Je parle, je parle, et la douleur s'estompe. Ma peine devient légère. Presque douce à savourer. Sucrée comme une friandise convoitée. Une vieille blessure que je lèche, appliquée et gourmande. C'est plus tard que la douleur surgira.
J'ai beaucoup d'estime pour les gens patients. A mes yeux, ce sont les vrais sages d'aujourd'hui. Des presqu'en sains. Il faut garder son âme bien groupée pour atteindre l'état de patience.
C'est pas la vie de vivre dans un rétroviseur. La vie, faut aller la chercher où elle se trouve. En avant. Et pas faire le tri. Tout prendre. Avec appétit. Sans rougir.
Les hommes gentils, on les aime beaucoup mais... vous connaissez une femme qui a perdu la tête pour un gentil garçon ? moi non.
Mon chagrin je me le garde au chaud, pour moi toute seule. C'est à ce prix-là qu'il reste entier et vivant. Quand j'en parle, j'ai remarqué, il s'évapore. Il ne veut plus rien dire.
C'est le problème des gens qui réfléchissent trop : ils se retournent, et y a plus personne pour les suivre.