Œuvre
Les Feuilles d'automne (1831)
Ce siècle avait deux ans! Rome remplaçait Sparte, - Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte, - Et du premier consul déjà, par maint endroit, - Le front de l'empereur brisait le masque étroit.
Tout souffle, tout rayon ou propice ou fatal, - Fait reluire et vibrer mon âme de cristal, - Mon âme aux mille voix, que le Dieu que j'adore - Mit au centre de tout comme un écho sonore!
Seigneur! préservez-moi, préservez ceux que j'aime - Frères, parents, amis et mes ennemis même - Dans le mal triomphants, - De jamais voir, Seigneur! l'été sans fleurs vermeilles, - La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles, - La maison sans enfants!
Ce sont des alhambras, de hautes cathédrales - Des Babels, dans la rue enfonçant leurs spirales ...
J'avais donc dix-huit ans! j'étais donc plein de songes! L'espérance en chantant me berçait mes mensonges.
O temps de rêverie, et de force, et de grâce! - Attendre tous les soirs une robe qui passe!
Quand du souffle d'en haut votre coeur est touché, - Votre coeur, comme un feu sous la cendre caché, - Soudain étincelle et s'enflamme.
Pleure comme Rachel, pleure comme Sara. - On a toujours souffert ou bien on souffrira. - Malheur aux insensés qui rient!
O mes lettres d'amour, de vertu, de jeunesse, - C'est donc vous! Je m'enivre encore de votre ivresse; - Je vous lis à genoux.
Oublions! oublions! Quand la jeunesse est morte, - Laissons-nous emporter par le vent qui l'emporte - A l'horizon obscur...