Œuvre
Les choses humaines (2019)
Il sortit de sa poche un pilulier, l'ouvrit et prit un anxiolytique qu'il fit fondre sous sa langue. En quelques minutes, l'angoisse se dissipa : désormais, le bonheur ne s'obtenait plus que sur ordonnance.
C'était ça, le véritable amour : être présent à l'heure du déclin quand on avait tout connu et tout aimé d'un être.
Les êtres malheureux se reconnaissent entre eux.
Tu sais ce qui arrive à ceux qui pensent qu'on peut survivre en respectant des lois morales ? Tôt ou tard, ils finissent piétinés.
Se hâtant vers la salle Victor-Hugo, elle songea à cette phrase de l'écrivain dans L'Homme qui rit : « La vie n'est qu'une longue perte de tout ce qu'on aime. »
Vous savez ce qu'on dit ? La Légion d'honneur est le dernier Viagra des hommes de pouvoir !
Ce qui fait la dureté d'un milieu, ce sont les manoeuvres de ceux qui le dirigent. Vous voyez par exemple, ce matin, en acceptant cet entretien, j'aurais dû me méfier et écouter les conseils de Beckett. Vous savez ce qu'il a écrit dans Molloy ? C'est le matin qu'il faut se cacher. Les gens se réveillent, frais et dispos, assoiffés d'ordre, de beauté et de justice, exigeant la contrepartie. Oui, c'est le passage dangereux.
La maladie est la zone d'ombre de la vie, un territoire auquel il coûte cher d'appartenir. En naissant, nous acquérons une double nationalité qui relève du royaume des bien portants comme de celui des malades. Et bien que nous préférions tous présenter le bon passeport, le jour vient où chacun de nous est contraint, ne serait-ce qu'un court moment, de se reconnaître citoyen de l'autre contrée.
La zone grise, c'est une zone inventée par les hommes pour se justifier, dire : les choses n'étaient pas claires, j'ai pensé qu'elle voulait, je me suis trompé, et passer à autre chose sans avoir à se sentir coupable ni rendre des comptes pour le mal qu'ils ont fait. Moi j'étais claire ; je ne voulais pas. S'il ne s'était rien passé, pourquoi est-ce que j'aurais été porter plainte ?
Elle avait découvert la distorsion entre les discours engagés, humanistes et les réalités de l'existence, l'impossible application des plus nobles idées quand les intérêts personnels mis en jeu annihilaient toute clairvoyance et engageaient tout ce qui constituait votre vie.
On ne peut pas débattre avec quelqu'un comme vous. Vous êtes dans l'invective, vous êtes dans le jugement définitif. D'une certaine façon, vous êtes le produit de notre époque.
Simplement, ces jeunes en provenance de pays musulmans ont été élevés dans une ambiance patriarcale très forte, au sein de sociétés régies par l'ordre religieux, ces hommes ont souvent une méconnaissance totale des désirs féminins, il y a même parfois, chez les plus jeunes, une vraie misère sexuelle car il y a, dans certaines familles, beaucoup d'interdits, on assiste alors à une chosification de la femme qui mène aux violences commises sur son corps comme ce qui s'est produit à Cologne.
Le vrai problème, ce n'est pas l'origine ethnique, sociale ou religieuse, c'est la domination, c'est le patriarcat. Pas besoin d'être syrien ou maghrébin pour l'imposer. La violence sexuelle a toujours existé, elle n'a pas été importée par les migrants !
Elle n'était pas le genre de filles à lui rappeler qu'il y avait tant d'autres lieux qui étaient encore réservés aux hommes – les lieux de pouvoir, notamment ; elle appartenait à cette catégorie de femmes qui ne remettaient jamais en cause l'empire viril, celles qui avaient fait le choix de la collaboration masculine et décidé que leur ascension se ferait grâce aux hommes et non pas contre eux.
Ta passion pour ton métier n'est qu'un des nombreux masques de l'ambition. Chez d'autres, moins habiles, moins stratèges, le désir de conquête est plus visible ; chez toi, au premier abord, on ne décèle pas l'ambitieux compétiteur ; seulement le travailleur acharné, mais il y a dans cette forme de dévouement, cet acharnement à bien faire, une même volonté d'atteindre la première place, et d'y rester, quel que soit le prix à payer pour ça.
Dès qu'on a un peu de pouvoir, tu es déférent mais si l'on n'a plus rien à t'offrir, tu deviens méprisant. Tu as bien appliqué la règle qui t'a mené où tu es aujourd'hui : Fort avec les faibles, faible avec les puissants.
Un chagrin d'amour pouvait-il être considéré comme la plus grande épreuve d'une vie ? Tout amour était-il une illusion ? L'amour rendait-il heureux ? Était-il raisonnable d'aimer ? L'amour était-il un jeu de hasard ? Qui aimait-on dans l'amour ? Pouvait-on vivre sans amour ? Y avait-il une vie après l'amour ? Comment se remettre rapidement d'une rupture amoureuse ?
Les locaux de la chaîne étaient un véritable vivier de chair fraîche : journalistes, stagiaires, invitées, éditorialistes, présentatrices, hôtesses d'accueil. Parfois, il se surprenait à rêver de refaire sa vie avec l'une d'entre elles, à lui faire un enfant. Elles étaient si nombreuses à être prêtes à échanger leur jeunesse contre la sécurité. Il les introduirait dans le monde des médias – avec lui, elles auraient dix ans d'avance sur les autres – tandis qu'en s'affichant à leurs côtés il rajeunirait de quelques années en explorant une nouvelle vitalité sexuelle.
Il y avait toujours un moment dans la vie ou l'on piétinait ses idéaux avec une velléité suspecte.
Il n'y a pas une seule vérité. On peut assister à la même scène, voir la même chose et l'interpréter de manière différente.