Œuvre

Les Catilinaires (1995)

Nous étions consternés. Surtout moi qui étais à l'origine de cette invasion - de ce déferlement de graisse sous notre toit.
Les livres aussi ce sont des voisins - des voisins de rêve, qui viennent chez vous seulement quand vous les appelez et s'en vont dès que vous ne voulez plus les voir.
Mais la sagesse des autres n'a jamais servi à rien. Quand arrive le cyclone - la guerre, l'injustice, l'amour, la maladie, le voisin -, on est toujours seul, tout seul, on vient de naître et on est orphelin.
Affronter un bavard est une épreuv, certes. Mais que faire de celui qui vous envahit pour vous imposer son mutisme?
On ne sait rien de soi. On croit s'habituer à être soi, c'est le contraire. Plus les années passent et moins on comprend qui est cette personne au nom de laquelle on dit et fait les choses.
Le cérémonial a toujours servi à se mettre du plomb dans la cervelle. Sans la grandiloquence des rites, on n'aurait de force pour rien.