Œuvre

Les Amours

La douce illusion ne sied qu'à la jeunesse; - Et déjà l'austère Sagesse - Vient tout bas m'avertir que j'ai vu trente hivers.
Mais qui peut arrêter l'impétueuse ivresse - D'un coeur brûlant d'amour et que le plaisir presse!
Nous rencontrons l'amour qui met nos coeurs en feu, - Puis nous trouvons la mort qui met nos corps en cendre.
Que j'aime à la presser, quand sa taille légère - Emprunte du sérail les magiques atours; - Ou qu'à mes sens ravis sa tunique étrangère - D'un sein voluptueux dessine les contours!
Le Temps qui, sans repos, va d'un pas si léger - Emporte avec lui que toutes les belles choses; - C'est pour nous avertir de le bien ménager, - Et faire des bouquets dans la saison des roses.
La bouche encore teinte des raisins qu'il a bus, - Le front chargé des fruits d'une heureuse vendange, - Et penché sur son char, le dieu vainqueur du Gange - Du plus riche des mois nous verse les tributs.
Mon coeur alors était tendre, sensible aux traits de l'amour, et il s'enflammait au moindre feu.
Voulez-vous ne pas rester oisifs ? Aimez.
L'Amour est un maître bien plus impérieux et bien plus cruel pour ceux qui ne se laissent pas faire que pour ceux qui se reconnaissent ses esclaves.
Je sens mon coeur inconstant tiraillé entre l'amour et la haine qui se livrent combat ; mais, je le crois, c'est l'amour qui l'emporte. Je haïrai, si je le puis ; sinon, j'aimerai, mais malgré moi. Le taureau non plus n'aime pas le joug ; il ne porte pas moins ce qu'il hait. Je fuis sa perfidie ; pendant que je fuis, sa beauté me rappelle. J'abhorre les défauts de ton âme et j'aime ton corps. Ainsi je ne puis vivre ni sans toi ni avec toi et ne sais pas moi-même ce que je désire.