Œuvre

Le Parfum, histoire d'un meurtrier (1985)

Le parfum vit dans le temps; il a sa jeunesse, sa maturité et sa vieillesse. Et ce n'est que s'il sent également bon à ces trois âges qu'on peut dire qu'il est réussi.
L'odeur humaine est toujours charnelle, c'est donc toujours une odeur de péché...
L'évidence du parfum possède une conviction irrésistible, elle pénètre en nous comme dans nos poumons l'air que nous respirons, elle nous emplit, nous remplit complètement, il n'y a pas moyen de se défendre contre elle.
Notre langage ne vaut rien pour décrire le monde des odeurs...
Le parfum réel s'use au contact du monde. Il est évanescent!
Le talent n'est presque rien, et l'expérience est tout, que l'on acquiert à force de modestie et de travail.
Qui maîtrisait les odeurs, maîtrisait le coeur des hommes.
L'intention des parfums est de produire un effet enivrant et séduisant.
Il comprenait maintenant clairement pourquoi il s'était cramponné à la vie avec autant d'obstination et d'acharnement: il fallait qu'il soit un créateur de parfums. Et pas n'importe lequel. Le plus grand parfumeur de tous les temps.
Pour se servir de sa raison, on a besoin de sécurité et de quiétude.
On est plus fort qu'un concurrent dès qu'on a deviné ses intentions.
Merveilleux Grenouille un être à part que l'on est pas prêt d'oublier.
Dans son immobilité, il avait l'air d'être son propre inventaire.
Une tique, voilà ce qu'était l'enfant Grenouille. Il vivait refermé sur lui-même, attendant des temps meilleurs. Au monde, il ne donnait rien que ses excréments pas un sourire, pas un cri, un regard brillant, pas même sa propre odeur.
Il baignait dans sa propre existence, que rien ne distrayait plus d'elle-même, et il trouvait cela magnifique.
Il était bâti à chaux et à sable. Quand on avait comme lui survécu à sa propre naissance au milieu des ordures, on ne se laissait pas facilement bousculer et prendre sa place en le monde.
Il ne pouvait qu'assister à sa fin, impuissant, comme un capitaine regarde sombrer le navire qui engloutit avec lui toute sa fortune.
Il tenait dans le creux de sa main un pouvoir plus fort que les pouvoirs de l'argent, ou que le pouvoir de la terreur, ou que le pouvoir de la mort : le pouvoir invincible d'inspirer l'amour aux hommes.
Il s'était aspergé des pieds à la tête avec le contenu de cette petite bouteille et était apparu tout d'un coup inondé de beauté comme d'un feu radieux.
Trop bien, vraiment trop bien ainsi qu'en film, je vous le conseille !
Dieu accorde de bonnes époques et des mauvaises, mais il ne veut pas qu'aux époques mauvaises nous nous plaignons et nous lamentions, il veut que nous montrions que nous sommes des hommes.
Il en avait le pouvoir. Il le tenait dans le creux de sa main. Un pouvoir plus fort que le pouvoir de l'argent, ou que le pouvoir de la terreur, ou que le pouvoir de la mort : le pouvoir invisible d'inspirer l'amour aux hommes.
Tout le malheur de l'homme vient de pouvoir rester seul dans sa chambre, là où est sa place.
Il soupçonnait que ce n'était pas lui qui suivait le parfum, mais que c'était le parfum qui l'avait fait captif et l'attirait à présent vers lui, irrésistiblement.
Jusque-là, il avait toujours cru que c'était le monde en général qui le contraignait à se recroqueviller. Mais ce n'était pas le monde, c'étaient les hommes. Avec le monde, apparemment, le monde déserté par les hommes, on pouvait vivre.