Œuvre
Le Noeud de vipères (1932)
Les autres s'imaginent que c'est moi seul qui lui mets ces idées en tête et qui la dresse contre eux ...
Si au contraire nous donnons en bourse des ordres d'acaht, les coupons touchés ne nous consoleront pas de l'effritement ininterrompu des valeurs.
J'ai passé toute ma vie à accomplir des sacrifices dont le souvenir m'empoisonnait, nourrissait, engraissait ces sortes de rancunes que le temps fortifie.
Si je me laissais dévorer, ton fils, ta fille, ton petit-gendre auraient bientôt fait d'anéantir ma fortune, de l'engouffrer dans leurs affaires.
L'amour que j'éprouvais se confondait avec celui que j'inspirais.
Mon goût de posséder, d'user, d'abuser, s'étend aux humains. Il m'aurait fallu des esclaves.
Ses yeux un peu trop ronds lui donnaient l'air d'être toujours étonnée.
Il eût suffi, pour m'en persuader, de notre vie étroite, de la stricte économie dont ma mère s'était fait une loi.
Il me semblait que j'expiais le malheur d'avoir été, depuis l'enfance, exagérément couvé, épié, servi.
J'écrivais à leur sujet ce qu'il faut écrire pour plaire aux examinateurs; c'est-à-dire ce qui a déjà été dit et écrit par des générations de normaliens. Voilà l'idiot que j'étais.
Quand on songe à la quantité de ménages où deux êtres s'exaspèrent, se dégoûtent autour de la même table, du même lavabo, sous la même couverture, c'est extraordinaire comme on divorce peu !
D'ailleurs, qui de nous n'est pas maltraité dans ces pages fielleuses?
Quelle est cette fièvre d'écrire qui me prend, aujourd'hui... ?
Elle disposait des lauriers d'or sur ma tête frais tondue.
Hubert pensait que sa lourde soeur «gaffait», et que j'étais atteint dans mon orgueil.
On atteint aisément une âme vivante, à travers les crimes, les vices les plus tristes, mais la vulgarité est infranchissable.
A quoi bon reprendre ce travail? C'est qu'à mon insu, sans doute, j'y trouvais un soulagement.
Là où est notre trésor, là aussi était notre coeur.
Dans un soir d'humilité, j'ai comparé mon coeur à un noeud de vipères.
Il faut oser regarder en face ce que l'on hait.
On ne peut garder tout seul la foi en soi-même. Il faut que nous ayons un témoin de notre force.
Ah! le flair des hommes qui ne sont pas aimés pour dépister la passion chez autrui!
Ma jeunesse n'a été qu'un long suicide. Je me hâtais de déplaire exprès par crainte de déplaire naturellement.
Cette habileté à se duper soi-même, qui aide à vivre la plupart des hommes, m'a toujours fait défaut.
Un vieillard n'existe que par ce qu'il possède. Dès qu'il n'a plus rien, on le jette au rebut.