Œuvre
La Nuit de mai (1835)
Le golfe d'argent - Qui montre dans ses eaux, où le cygne se mire, - La blanche Oloossone à la blanche Camyre.
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux - Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.
Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage, - Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux, - Ses petits affamés courent sur le rivage - En le voyant au loin s'abattre sur les eaux.
Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur. - Mais, pour en être atteint, ne crois pas, ô poète, - Que ta voix ici-bas doive rester muette. - Les plus désespérés sont les chants les plus beaux, - Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.
Ce soir, tout va fleurir: l'immortelle nature - Se remplit de parfums, d'amour et de murmure, - Comme le lit joyeux de deux jeunes époux.
Je ne chante ni l'espérance, - Ni la gloire, ni le bonheur, - Hélas, pas même la souffrance.
La rose, vierge encor, se referme jalouse - Sur le frelon nacré qu'elle enivre en mourant.
La bouche garde le silence - Pour écouter parler le coeur.
Oui, te voilà, c'est toi, ma blonde, - C'est toi, ma maîtresse et ma soeur! - Et je sens, dans la nuit profonde, - De ta robe d'or qui m'inonde - Les rayons glisser dans mon coeur.
Est-ce toi dont la voix m'appelle, - O ma pauvre Muse! est-ce toi? - O ma fleur! ô mon immortelle! - Seul être pudique et fidèle - Où vive encor l'amour de moi!