Œuvre
L'Homme révolté (1951)
Toute valeur n'entraîne pas la révolte, mais tout mouvement de révolte invoque tacitement une valeur.
L'intelligence dans les chaînes perd en lucidité ce qu'elle gagne en fureur.
La logique des passions renverse l'ordre traditionnel du raisonnement et place la conclusion avant les prémisses.
Agir, c'est détruire pour faire naître la réalité spirituelle de la conscience.
Les symphonies de la nature ne connaissent pas de point d'orgue. Le monde n'est jamais silencieux; son mutisme même répète éternellement les mêmes notes, selon les vibrations qui nous échappent.
Il ne suffit pas de vivre, il faut une destinée, et sans attendre la mort.
Le dialogue, relation des personnes, a été remplacé par la propagande ou la polémique, qui sont deux sortes de monologue.
En régime capitaliste, l'homme qui se dit neutre est réputé favorable, objectivement, au régime. En régime d'Empire, l'homme qui est neutre est réputé hostile, objectivement, au régime.
L'homme est la créature qui, pour affirmer son être et sa différence, nie.
Le nietzschéisme, théorie de la volonté de puissance individuelle, était condamné à s'inscrire dans une volonté de puissance totale.
Le nihilisme n'est pas seulement désespoir et négation, mais surtout volonté de désespérer et de nier.
Le nihiliste n'est pas celui qui ne croit à rien, mais celui qui ne croit pas à ce qui est.
Quand le mal et le bien sont réintégrés dans le temps, confondus avec les événements, rien n'est plus bon ou mauvais, mais seulement prématuré ou périmé.
Le révolutionnaire est en même temps révolté ou alors il n'est plus révolutionnaire, mais policier et fonctionnaire.
Je me révolte, donc nous sommes.
Le destin devient d'autant plus adorable qu'il est plus implacable.
La licence de détruire suppose qu'on puisse être soi-même détruit. Il faudra donc lutter et dominer. La loi de ce monde n'est rien d'autre que celle de la force; son moteur, la volonté de puissance.
La loi de ce monde n'est rien d 'autre que celle de la force ; son moteur, la volonté de puissance.
Au fond des prisons, le rêve est sans limites, la réalité ne freine rien. L'intelligence dans les chaînes perd en lucidité ce qu'elle gagne en fureur.
Qu'est-ce qu'un homme révolté? Un homme qui dit non. Mais s'il refuse, il ne renonce pas: c'est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement.
Suicide et meurtre sont ici deux faces d'un même ordre, celui d'une intelligence malheureuse qui préfère à la souffrance d'une condition limitée la noire exaltation où terre et ciel s'anéantissent.
L'histoire ne peut plus être dressée alors en objet de culte. Elle n'est qu'une occasion, qu'il s'agit de rendre féconde par une révolte vigilante.
Mais qui se donne au temps de sa vie, à la maison qu'il défend, à la dignité des vivants, celui-là se donne à la terre et en reçoit la moisson qui ensemence et nourrit à nouveau.
L'absurde en lui-même est contradiction.
De la même manière, si l'on refuse ses raisons au suicide, il n'est pas possible d'en donner au meurtre. On n'est pas nihiliste à demi.