Il fait froid et triste quand on demande aux êtres de vous être un soutien , de vous réchauffer, d'alléger le fardeau de misère inhérente à toute existence. Nul d'eux n'a réellement le souci de le faire, nul d'eux ne le peut vraiment. C'est en soi qu'il faut cultiver la flamme qui réchauffe, c'est sur soi qu'il faut s'appuyer.
Les sages ce sont ceux qui ont compris que de ce que le commun des êtres appelle la vie il n'y a rien à tirer que froid et tristesse et qui sont partis avec leur pensée, en quête d'autre chose ... d'autre chose qui est au-delà du froid et du chaud, du rire et des larmes. Ils l'ont trouvé. Pourquoi d'autres, pourquoi nous-mêmes ne le trouverions-nous pas ?
Les vrais compagnons, ce sont les arbres, les brins d'herbe, les rayons du soleil, les nuages qui courent dans le ciel crépusculaire ou matinal, la mer, les montagnes. C'est dans tout cela que coule la vie, la vraie vie, et l'on n'est jamais seules quand on sait la voir et la sentir.
Mon petit bien cher, je suis née une sauvage et une solitaire et ces dispositions ont crû tout le long des ans que j'ai vécus. Je leur dois des joies que je n'aurais jamais connues sans elles.
Souffrir est absurde et laid. Toute souffrance est un désordre... Mieux vaut s'accommoder des choses ou les briser que de pleurer à la lune. Est-il besoin, pour un homme, d'avoir une compagne effacée, sentimentale et sans volonté, pour être heureux ?
J'ai tant lutté pour la vie, pour ma vie, tant rêvé à des heures de beauté remplies d'esthétiques gestes et tant vu s'envoler les châteaux de nuages de ma fantaisie que j'en suis lasse. Aujourd'hui je suis laide, vieille et pauvre, fini l'espoir, et je ne me résigne pas à comme tu me l'as trop répété, descendre la pente qui mène au trou noir.
Les êtres ont droit au bonheur, si l'on peut parler de droit ici. Je veux dire qu'ils ont l'instinct du bonheur comme ils ont celui de manger, car qu'est-ce que le bonheur sinon la satisfaction, d'un besoin de notre organisme, besoin matériel ou mental.
Nous sommes absurdes de trouver mauvais que tel être cherche son bonheur de telle manière qui correspond à l'étoffe dont il est fait. Les vieux principes, la hiérarchie des pensées et des actes, toute l'échelle du Bien et du Mal nous tient trop encore et les plus affranchis d'être nous ne peuvent guère se défendre de jauger selon leur catalogue propre les gestes d'autrui.
Oh! les dogmes, les devoirs, l'idéal, quelles sources de tortures!… On veut être ceci, on veut que ceux qui vous approchent soient cela et, ni soi ni les autres ne ressemblent au modèles rêvé…
On est toujours, pour une part l'artisan de ses ennuis. J'ai manqué de vaillance, de fierté. Je me suis laissée aller quand il aurait fallu me redresser et retourner à la lutte avec, dans le coeur, cette bravoure intime sans laquelle il n'est pas de vraie joie.
Choisissez une étoile, ne la quittez pas des yeux. Elle vous fera avancer loin, sans fatigue et sans peine.
Quelque chose de plus fort que l'homme est en l'homme, qui le mène par des sentiers qui semblent incohérents. Bienheureux pourtant, sont ceux qui y marchent : « Ce qui est nuit pour les êtres est un jour où marchent les clairvoyants qui se sont surmontés eux-mêmes », dit la Bhagavad Gîtâ.
J'aurais souhaité aller plus loin vers le coeur du Tibet, mais puisque cela était impossible il me semble que le reste n'a plus d'intérêt. C'est là, évidemment, une impression passagère. De retour dans l'Inde je vais me reprendre et me ressaisir. Pour l'instant je reste ensorcelée, j'ai été au bord d'un mystère…
Oh ! Cette dernière chaîne de l'Himalaya, le dernier col très large qui s'inclinait vers une pente descendant à la steppe immense, déserte, où s'érige, sentinelle puérile mais émouvante, le fortin de la première ville tibétaine… Moi, je serais restée là des jours… des mois peut-être et parfois la folle envie me prend de louer des yacks, d'emmener deux ou trois serviteurs tibétains plus robustes que les miens et de remonter là-haut pour revoir… voir mieux, davantage, cela que je ne reverrai jamais…
Ici, tous les Européens subissent l'étrange fascination. On dit le « Tibet » à voix presque basse, religieusement, avec un peu de crainte.
Oh ! Cette dernière chaîne de l'Himalaya, le dernier col très large qui s'inclinait vers une pente descendant à la steppe immense, déserte, où s'érige, sentinelle puérile mais émouvante, le fortin de la première ville tibétaine… Moi, je serais restée là des jours… des mois peut-être et parfois la folle envie me prend de louer des yacks, d'emmener deux ou trois serviteurs tibétains plus robustes que les miens et de remonter là-haut pour revoir… voir mieux, davantage, cela que je ne reverrai jamais…
Béni soit « cela » qui m'a préservé des routes banales, qui m'a fait gravir les Himalayas et ces invisibles Himalayas de la pensée si infiniment plus élevés que les autres !