En vérité, je ne me suis toujours pas écroulé. Du moins, pas comme j'aurais aimé le faire, en sanglotant comme un enfant qui comprend que ses parents sont partis. Je me sens comme une huître très fermée. Comme si l'énormité de cette émotion était impossible à faire sortir. Presque trop dangereuse. Il est évident que j'ai un travail à faire là-dessus.
Œuvre
Interview Psychologies, par Anne Laure Gannac - le 18 Avril 2011
12 citations · Lambert Wilson · sur Dicocitations ↗
Ce n'est pas rien d'être le fils d'un personnage comme Georges Wilson. Et ce n'était pas rien non plus d'être le fils de ma mère… J'ai plusieurs fois ressenti le besoin de parler. Mais là, c'est fondamental, j'ai beaucoup de choses à lâcher. Je serre les dents depuis longtemps.
J'ai plusieurs fois ressenti le besoin de parler. Mais là, c'est fondamental, j'ai beaucoup de choses à lâcher. Je serre les dents depuis longtemps.
Mes parents ont longtemps considéré la fratrie comme une entité : on était « les garçons ». Sauf qu'il y en avait un qui avait un an et demi de moins, et qui était plus fragile physiquement. Il a fallu que je lutte bec et ongles pour prendre une place. Et pour me faire aimer.
Mon père était fou amoureux de mon frère. Il était son prince, et moi le vilain petit canard. Il y avait une disparité absolue dans la façon dont il nous traitait.
J'ai décidé d'être acteur vers 15 ans, en assistant à la projection des Trois Mousquetaires de Richard Lester, avec mon père. C'était une grande première très spectaculaire, avec des photographes, des vedettes, une rangée de mousquetaires sur les Champs-Élysées… C'était l'émerveillement le plus total. Mais tellement superficiel ! Pourtant, la graine s'est plantée à ce moment-là. Et je me souviens, le lendemain, m'être dit : « Mon talent n'est pas énorme, mais j'y arriverai, par acharnement. » Je suis un tenace.
Je voulais être immense. Et beau ! Réussir à être pris pour quelqu'un de beau était pour moi un réel accomplissement. Il faut dire que je partais de loin : j'avais des dents de lapin, un cheveu sur la langue, j'étais gros, pas sportif… Je me suis donc convaincu que j'allais me transformer : j'ai maigri, sculpté mon corps, je passais des heures à m'occuper de mon style, de mes cheveux, de ma peau… Et je négligeais l'essentiel : me concentrer sur mon jeu.
De manière générale, je cherche l'harmonie. J'ai un immense souci du bien-être des autres, sans doute du fait de cette situation familiale. Je suis ce qu'on appelle en anglais un care taker.
Il est évident qu'il y a un homme de foi en moi. Je pense que les rôles qu'on réussit le mieux sont une partie de soi. J'ai toujours été mystique, je me suis toujours senti en lien avec plus grand que moi, avec quelque chose qui me dépasse : la nature, l'univers ou le divin, je ne sais pas.
Il est évident qu'il y a un homme de foi en moi.
L'avantage de la cinquantaine, c'est que l'on commence à bien connaître son « groupe ».
J'ai souvent l'impression que les gens ne m'aiment pas. Ma confiance en moi est dévastée. Et cela, j'en suis sûr, vient en grande partie de mon passé le plus ancien.