Œuvre

Interview Encres Vagabondes, propos recueillis par Serge Cabrol

J’aime le choc de deux mots qui créent une image, un sentiment, une sensation physique...
J’écris tous mes livres avec la même sincérité. Que les lecteurs aient 8 ou 78 ans, on leur doit le même respect.
C’est l’incarcération qui pousse à aller au-delà des murs. Que faire d’un personnage beau, riche, en bonne santé, jeune et amoureux ? Si tout se passe bien pour lui, je n’écris pas cinq pages !
C’est le croche-pied de la vie qui fait basculer un destin. Cinq minutes avant de planter un couteau dans le dos de sa victime le criminel est encore un innocent. C’est cette bascule qui m’intéresse.
J'ai toujours aimé les frontières, entre les pays comme dans l'écriture. Je suis un frontalier. Les frontières sont des endroits surréalistes qui n'ont pas de raison d'exister. Sur une carte elles sont matérialisées mais sur terre c’est complètement aléatoire. Cette lisière est intéressante parce que c'est l'endroit où les gens n'ont plus de bagages. Il n'y a pas de précision, pas de chose définie.
Je crois que dans le monde rien n’est défini, même pas la mort. Tout est aléatoire. Les gens cherchent à se rassurer, à confirmer leurs thèses, mais on est toujours sur un terrain mouvant.
La nouvelle, c’est comme un vol à la tire dans le métro, il faut être rapide, habile. Un roman, c'est un casse de banque, ça se prépare à l'avance, ça prend un an. L’important, c'est de se mettre en état d’écriture. Après, taper sur la machine ce n'est rien.
Un bon auteur, c'est un auteur qui ne se voit pas. Ce sont les personnages qui comptent. Que les gens se souviennent des personnages, d'une histoire, et pas du nom de l'auteur, c’est très bien. J'écris comme je regarde un feuilleton à la télé, en me demandant ce qui se passera demain.
Le romancier est un marin à qui on dit « ton bateau est là, il faut que tu l'emmènes là », et entre les deux il n'y a rien, pas de balise Argos, rien. Quand je commence, je ne sais pas du tout ce qui peut se passer à la fin. Si je le savais, je ne l'écrirais pas. Je jette les dés sur la table. Tu gagnes ou tu perds.
Le petit garçon qu’on a été est mort, il est devenu adolescent, et puis l’adolescent est mort... Les jouets, les petits soldats de l’enfance, d’un jour à l’autre, deviennent des choses, des objets et on découvre d'autres plaisirs mais sans être encore dedans, ce sont des périodes de grande magie. On abandonne des trucs pour passer à d'autres, et c'est pareil quand on arrive vers la cinquantaine. Mais il y a quelque chose dont il faut garder le fil parce que c’est notre seul patrimoine. Il ne faut pas perdre notre rêve.
La vie adulte, ce sont les rêves de gosse qu’on met en pratique. J’ai le sentiment d’avoir attrapé quelque chose quand j’étais enfant, comme la queue du Mickey dans les manèges, et je me suis dit « ça, je ne le quitterai jamais ». Quand tu l’as attrapée, tu ne la lâches plus, tu la tiens jusqu’à ta mort, c’est ta seule richesse.
La vie adulte, ce sont les rêves de gosse qu’on met en pratique.
J’ai le sentiment d’avoir attrapé quelque chose quand j’étais enfant, comme la queue du Mickey dans les manèges, et je me suis dit « ça, je ne le quitterai jamais ». Quand tu l’as attrapée, tu ne la lâches plus, tu la tiens jusqu’à ta mort, c’est ta seule richesse.
J’ai dû couper bien des ponts derrière moi. Mais toutes ces cicatrices, il faut les porter comme des bijoux de famille. Les rides, les cicatrices, c’est la vie, tu la prends à pleins bras et tu en prends plein la gueule, mais c’est comme ça, il ne faut pas être tiède. Et c'est un fameux trouillard qui affirme ça !
Les rides, les cicatrices, c’est la vie, tu la prends à pleins bras et tu en prends plein la gueule, mais c’est comme ça.