Œuvre

Interview Donna Tartt : « On ne connaît jamais personne », Marianne par Clara Kane, le 17/02/2014

J'ai tendance à approfondir un sujet au lieu de le traiter de façon superficielle, parce que mon écriture doit apporter quelque chose à la matière que j'explore. Écrire, c'est aussi plonger en soi, mais, étant de nature introspective, ça ne me demande pas trop d'effort.
Ne pas écrire me fait souffrir...
Je ne possède pas le don de la concision, puisque je mets dix ans pour donner vie à un gros roman.
Difficile de philosopher dans un roman sans paraître ennuyeux, alors mieux vaut distiller les grandes idées avec subtilité. Les livres ont le pouvoir de nous modifier de l'intérieur, c'est pourquoi ils représentent un danger. Certains sont brûlés parce qu'ils peuvent changer nos idées et influencer les êtres humains que nous sommes.
Enfant, j'observais et j'écoutais déjà tout. Chacun incarne un mystère, même les êtres qui nous sont le plus chers. On ne connaît jamais personne, tant le visage qu'on présente au monde diffère de celui qu'on est à l'intérieur.
Ce qui m'intéresse dans mon travail romanesque, c'est ce paradoxe entre une personne qui peut sembler attirante, alors qu'elle est plus sombre qu'on imagine. L'inverse est tout aussi vrai, puisqu'un être étrange peut cacher des trésors. Pas étonnant que le «trompe-l'oeil» ne s'applique pas aux autres sens !
Je pense que l'existence est une catastrophe en soi, vu que ça finit mal pour nous tous. Telle est, hélas, notre condition humaine. Même si l'on se protège ou qu'on semble heureux, le drame peut frapper à n'importe quel moment. Nul n'y échappe ; c'est précisément cela qui m'intéresse dans le prix que doit payer l'être humain.
La jeunesse m'interpelle, car tout semble flottant et changeant pendant ce passage. Il est possible de faire des erreurs qui ruineront le reste de notre existence. Un jeune n'a pas la maturité de comprendre les ramifications qu'engendrent ses décisions.
La mort est au cœur de la vie, si on l'oublie, elle se rappelle violemment à nous.
Nous allons tous mourir, mais cette sombre pensée ne doit pas nous empêcher d'exister dans la joie. Les tableaux et les livres vivent grâce à la vie que nous leur insufflons.