Œuvre
Dans le jardin de l'ogre (2014)
Avoir envie, c'est déjà céder. La digue est rompue.
L'amour est là, elle n'en doute pas. Un amour mal dégrossi, victime du quotidien. Un amour qui n'a pas de temps pour lui-même.
Elle voudrait n'être qu'un objet au milieu d'une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Elle veut être une poupée dans le jardin de l'ogre.
Dans son amnésie flotte la rassurante sensation d'avoir existé mille fois à travers le désir des autres.
À quoi servirait de se retenir ? La vie n'en serait pas plus belle. À présent, elle réfléchit en opiomane, en joueuse de cartes. Elle est si satisfaite d'avoir repoussé la tentation pendant quelques jours, qu'elle en a oublié le danger.
L'amour, ça n'est que de la patience. Une patience dévote, forcenée, tyrannique. Une patience déraisonnablement optimiste.
Loin de Paris, dans la petite maison de province, elle renoncerait à ce qui selon elle la définit vraiment, à son être vrai. Celui-là même qui, parce qu'il est ignoré de tous, est son plus grand défi. En abandonnant cette part d'elle-même, elle ne sera plus que ce qu'ils voient. Une surface sans fond et sans revers. Un corps sans ombre.
À une veuve, on pardonne beaucoup de choses. Le chagrin est une excuse extraordinaire. Elle pourrait, tout le reste de sa vie, multiplier les erreurs et les conquêtes, et l'on dirait d'elle : « La mort de son mari l'a brisée. Elle n'arrive pas à s'en remettre. »
En devenant épouse et mère, elle s'est nimbée d'une aura de respectabilité que personne ne peut lui enlever. Elle s'est construit un refuge pou les soirs d'angoisse et un repli confortable pour les jours de débauche
Les gens insatisfaits détruisent tout autour d'eux
Avoir envie, c'est déjà céder.
Elle est exaltée, comme le sont les imposteurs qu'on n'a pas encore démasqués.
Un enfant unique, c'est trop triste. Quand je vois le bonheur que c'est d'avoir un frère ou une sœur, je ne pourrais jamais en priver mes enfants
Elle est exaltée comme le sont les imposteurs qu'on n'a pas encore démasqués. Pleine de la gratitude d'être aimée, et tétanisée à l'idée de tout perdre.
Dans son amnésie flotte la rassurante sensation d'avoir existé mille fois à travers le désir des autres.
Elle ne comprend pas cet hédonisme de bon ton, cette obsession qui semble avoir gagné tout le monde du « bien boire » et du « bien manger ». Elle a toujours aimé avoir faim. Se sentir fléchir, chavirer, entendre son ventre se creuser et puis vaincre, ne plus avoir envie, être au-dessus de ça. Elle a cultivé la maigreur comme un art de vivre.
L'enfant contrariait sa paresse et pour la première fois de sa vie, elle se voyait contrainte de s'occuper de quelqu'un d'autre que d'elle-même. Elle aimait cet enfant. Elle vouait au nourrisson un amour physique intense et malgré tout insuffisant.