Nous ne serons heureux, se dit-elle alors, que lorsque nous n'aurons plus besoin les uns des autres. Quand nous pourrons vivre une vie à nous, une vie qui nous appartienne, qui ne regarde pas les autres. Quand nous serons libres.
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Loin de Paris, dans la petite maison de province, elle renoncerait à ce qui selon elle la définit vraiment, à son être vrai. Celui-là même qui, parce qu'il est ignoré de tous, est son plus grand défi. En abandonnant cette part d'elle-même, elle ne sera plus que ce qu'ils voient. Une surface sans fond et sans revers. Un corps sans ombre.
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À 16 heures, les journées oisives paraissent interminables. C'est au milieu de l'après-midi que l'on perçoit le temps gâché, que l'on s'inquiète de la soirée à venir. À cette heure, on a honte de ne servir à rien.
L'amour est là, elle n'en doute pas. Un amour mal dégrossi, victime du quotidien. Un amour qui n'a pas de temps pour lui-même.
Louise s'agite en coulisses, discrète et puissante. C'est elle qui tient les fils transparents sans lesquels la magie ne peut pas advenir. Elle est Vishnou, divinité nourricière, jalouse et protectrice. Elle est la louve à la mamelle de qui ils viennent boire, la source infaillible de leur bonheur familial.
Son visage est comme une mer paisible, dont personne ne pourrait soupçonner les abysses.
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Avoir envie, c'est déjà céder. La digue est rompue.
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Elle voudrait n'être qu'un objet au milieu d'une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Elle veut être une poupée dans le jardin de l'ogre.
Dans son amnésie flotte la rassurante sensation d'avoir existé mille fois à travers le désir des autres.
À quoi servirait de se retenir ? La vie n'en serait pas plus belle. À présent, elle réfléchit en opiomane, en joueuse de cartes. Elle est si satisfaite d'avoir repoussé la tentation pendant quelques jours, qu'elle en a oublié le danger.