Œuvre

Danbé (2011) (avec Marie Desplechin)

Quand on est le personnage d'une tragédie, on ne s'épuise pas à chercher des coupables. On s'efforce tout juste d'aller jusqu'à demain.
On considère la boxe comme un sport violent. Mais je trouve, moi, que c’est la vie qui est violente, confie-t-elle. Ce qu’elle inflige sans crier gare est autrement plus douloureux que ce qu’on risque entre les cordes.
Quand on est le personnage d'une tragédie, on ne s'épuise pas à chercher des coupables. On s'efforce tout juste d'aller jusqu'à demain.
On se résigne plus vite à admettre l'injustice et le crime quand ils touchent les pauvres.
Boxer me prouve, à longueur d'entraînement, que j'existe. Chaque coup reçu, chaque impact, la douleur même, me rappellent que je suis vivante. J'ai mal et je résiste.
Je m'applique à encaisser. On boxe à cette condition: l'autre ne doit jamais savoir que vous venez de prendre un coup. Quand je m'entraîne, surtout, j'arrête de penser. Je me bats l'esprit aux abonnés absents. Je n'entends plus que mon corps, le tressaillement des muscles. Je m'exerce à tolérer la douleur, à passer les seuils. Ce mal-là, j'en veux bien, je l'ai choisi.
Il n’y a pas d’âge pour se conduire dignement, ni de circonstances qui vaillent.
J'aimerais que celle ou celui qui lira ce petit livre mesure ce qu'il a de déchirant. Il est mon au revoir à ceux que je laisse sur le quai. Il est mon au revoir à mon enfance de petite fille noire en collants verts qui dévale en criant les jardins de Ménilmontant...
Les morts viennent habiter la place que les vivants n'arrivent pas à peupler.
Sur un ring, j'éprouve une sorte de bien-être, de quiétude même. Je suis prévenue des coups, je les attends, je les contrôle. Il n'y a personne pour venir me frapper par derrière.