Œuvre
Comment tu parles de ton père ?
J'ai dessiné, car mon père était incapable de dessiner,
le seul domaine où il ne pouvait pas me juger !
Il paraît que c'est ça, devenir adulte : le père meurt, on n'a plus d'autre ennemi que soi-même.
Bizarrement, je n'ai jamais rien attendu de mes éditeurs. J'entends par là que je ne cherche pas chez eux la grandeur paternelle
Merci, papa, d'avoir laissé un espace vierge, dans lequel aujourd'hui encore je m'efforce de grandi
On m'explique depuis quelque temps que le travail n'est pas une valeur de gauche et j'ai du mal à m'y faire. Si l'on aime les travailleurs, il faut bien se résoudre à avoir un minimum de bienveillance pour le travail
Il ne faut pas, sciemment, mentir à son gosse. Sinon ensuite il passe sa vie à raconter des histoires.
J'ai beaucoup aimé être orphelin. Cela m'a mis très tôt face au monde. Au moment où les autres connards attendaient encore que Dieu leur serve de petites roues au vélo, je tenais debout correctement, comme un adulte bizarre, de trois ans et demi.
On l'aime un siècle après sa mort, l'homme qui vous dit vrai. Et celui qui par amour vous cache un morceau du monde, je veux dire papa, on l'aime tout autant, mais on met quarante ans à comprendre combien il avait peur, et combien c'est lui qui redoutait les mots.
Sur les tombes juives, on interdit de faire figurer des photographies afin que la mémoire ne se fixe pas sur un moment de l'existence du défunt. Il faut beaucoup d'imagination pour remonter le temps et laisser derrière soi les images de l'agonie ou de la vieillesse.
Se sentir juif ou musulman ou chrétien, c'est décider qu'il existe des peuples et c'est le début de la guerre qui se terminera par l'extermination des uns par les autres.