Œuvre
Chronique des Pasquier (1933-1945)
La jeune fille se mit à manger d'un air distrait, presque égaré.
S'il souhaitait de s'élever et s'il le répétait sans cesse, il avait l'horreur des servitudes bureaucratiques et n'eût pas considéré comme une élévation de travailler à heures fixes, derrière des portes closes, même au prix d'un traitement princier.
Au moyen d'un petit canif crasseux mais tranchant, il attaquait en outre les régions de l'ongle inaccessibles aux dents, s'éminçait l'épiderme, se sculptait la pulpe à vif.
A ce point de mes réflexions, je sentis que l'inquiétude allait empoisonner ma joie.
Comme tous les Français, constructeurs d'enclos, nous avions un sens jaloux de notre particulier, le goût des murailles, des serrures.
Mon éminent confrère Elie Faure m'a, lors de ce dernier deuil, écrit une lettre admirable, de sa meilleure encre.
Mais non, mon petit gars, les ministres, je m'en sers quand j'en ai besoin. Et puis, je les enquiquine.
Regardez cette route, là-bas, qui s'enroule à la colline comme une plante grimpante.
Il balbutiait des mots d'enfant, des mots incohérents et tendres pour étancher cette douleur qu'il ne pouvait pas comprendre.
On nous a farci la cervelle d'une foule d'idées qui sont respectables, sans doute, mais passablement niaises.
Cher Justin, tu m'aimes assez pour, dans cet apparent désordre, trouver le fil conducteur, saisir le fil de ma vie.
Il ne faut pas le heurter de front. Il est assez susceptible.
Quand tu t'adresses à quelqu'un, à un zèbre, à un palotin, enfin à un monsieur très bien, c'est-à-dire à un type quelconque, donne-lui toujours tous ses titres, et même ceux qu'il n'a pas.
Ce qu'il était, c'était - comment dire? - possessif. Il n'y a pas d'autre mot. Ce qu'il avait, c'était l'instinct - oh! très fort - de la propriété, de la chose personnelle.