Œuvre

Airelles

Le sourire sur les lèvres du vieillard, ainsi que les rayons du soleil couchant, pénètre l'âme d'une émotion douce et triste: c'est encore un rayon, c'est encore un sourire, mais ils peuvent être les derniers.
C'est surtout dans les combats que les passions nous livrent qu'il est juste de dire: Voe victis!
Le plus coupable des excès de la liberté est de se nuire à elle-même.
Résistons sans crainte à l'opinion du monde, pourvu toutefois que notre respect pour nous-même croisse en proportion de notre indifférence pour elle.
Si l'on mettait toujours à comprendre le temps que l'on met à paraître avoir compris, et à écouter le temps où l'on ne songe qu'à répondre, tout le monde n'y trouverait-il pas son compte ?
Notre vanité est sans cesse l'ennemie de notre amour-propre.
L'amour élève parfois, crée des qualités nouvelles, suspend les penchants coupables ; mais ce n'est que pour un jour. Il est alors comme les monarques de l'Orient dont un regard tire l'esclave de sa poussière et l'y laisse retomber.
Nous ne voyons que dans le passé et nous regardons toujours dans l'avenir.
A force d'agir comme on devait penser, on finit par penser comme on doit agir.
Les âmes froides ne se quittent jamais ; les âmes passionnées se quittent et se reprennent faute de mieux.
La chrysalide est l'image du vieillard. Il végète, il est engourdi, mais il vivra ! et c'est pendant ce sommeil et cette impassibilité passagère que se forment les ailes qui le porteront à l'immortalité.
Les coeurs aimants sont comme les indigents : ils vivent de ce qu'on leur donne.
La plus dangereuse des flatteries est l'infériorité de ce qui nous entoure.
Avoir des idées, c'est cueillir des fleurs ; - penser, c'est en tresser des couronnes.
Nous estimons la vertu dans les autres par les fruits qu'elle porte, en nous-même par les sacrifices qu'elle nous fait accomplir.
La véritable douleur est presque aussi difficile à découvrir que la vraie misère. Une pudeur instinctive couvre les haillons de l'une et les blessures de l'autre.
Celui qui pour donner ne s'est point imposé de privations, n'a fait qu'effleurer les joies de la charité. Nous devons notre superflu, et le bonheur dans le devoir, c'est d'en dépasser les limites.
Il est des coupables dont la justification n'est nulle part, et l'excuse partout.
La vie n'est-elle pas utile si elle est heureuse ? dit l'égoïste. N'est-elle pas assez heureuse si elle est utile ? dit l'homme de bien.
Chimère pour chimère, comment la perfection n'est-elle pas celle de tous les hommes ?
La prière, dit saint Jérôme, est un gémissement. Ah ! nos gémissements sont aussi des prières ! Le cri de la douleur est par lui-même un appel involontaire à cette force invisible dont notre âme invoque l'appui.
La force seule connaît le combat ; la faiblesse est au-dessous de la défaite même : elle est née vaincue.
Ce n'est que par la juste appréciation des choses qu'on arrive à les posséder tranquillement ou à se consoler de ne les posséder pas.
Le monde n'accorde quelque compassion qu'aux peines positives. Il consent à plaindre ce que vous perdez, jamais ce qui vous manque.
C'est seulement dans le ciel que les anges ont autant d'esprit que les démons.