L'autre est un autre, voilà ce que reconnaît le curieux existentiel. Et la recherche de l'autre est infinie. A vrai dire, je n'ai pas trouvé de meilleur antidote à l'indifférence.
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Par la faute de ces livres désirés, volés, dévorés, je me suis retranché outre mesure, dit silencieusement l'incendiaire. J'ai contracté la maladie de la solitude. Je n'ai pas vu la vie.
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Le fou, c’est d’abord celui qui est sans interlocuteur.
La curiosité telle que tu l'entends n'est elle pas surtout un art ? Un art de bifurquer ? Un art de naviguer ? Un art de vivre? Un art de voyager à peu de frais ? Un remède à l'indifférence? Un désir de voir par soi-même, de lire sans consigne, de poser et de se poser des questions tout le temps d'une existence, de ne pas perdre la fraîcheur si tôt détrônée de l'enfant ? Une manière d'être vivant, de te sentir vivant, jusqu'à la fin de ton temps sur terre ?
Qui est le plus fou ? Celui qui pense à la mort chaque jour, comme moi, ou celui qui est possédé par le langage de l’entreprise ?
J’étouffe dans les livres. Je suis constamment dans une espèce de nostalgie de la vie immédiate, qui saurait se passer de toute médiation, juste se tenir face au ciel bleu, aux enfants, à l’amour...
Dans la même œuvre
Ainsi d'autres partent en mer, d'autres se font fils de leurs oeuvres, d'autres finissent de s'arracher les yeux aux livres, d'autres s'absentent au monde, d'autres s'enfouissent dans l'orient populeux, d'autres s'injectent la mort, d'autres se pendent à leur famille.
L'habitude de l'usine sera peut-être devenue drogue : chaque jour dans cette mélasse, absorber une dose d'hébétude. Il aura peine à se défaire de cet abrutissement providentiel, de cette sensation quotidienne d'un corps tellement courbatu que chaque soir la pensée s'endort dans une terrible sérénité.