Œuvre

Le laminoir (1995)

Ainsi d'autres partent en mer, d'autres se font fils de leurs oeuvres, d'autres finissent de s'arracher les yeux aux livres, d'autres s'absentent au monde, d'autres s'enfouissent dans l'orient populeux, d'autres s'injectent la mort, d'autres se pendent à leur famille.
L'habitude de l'usine sera peut-être devenue drogue : chaque jour dans cette mélasse, absorber une dose d'hébétude. Il aura peine à se défaire de cet abrutissement providentiel, de cette sensation quotidienne d'un corps tellement courbatu que chaque soir la pensée s'endort dans une terrible sérénité.
Par la faute de ces livres désirés, volés, dévorés, je me suis retranché outre mesure, dit silencieusement l'incendiaire. J'ai contracté la maladie de la solitude. Je n'ai pas vu la vie.