Oui, on lit par protestation contre la vie. La vie est très mal faite. On y rencontre sans arrêt des gens inutiles. Elle est pleine de redites. Ses paysages sont interminables. Si elle se présentait chez un éditeur, la vie serait refusée.

À lire aussi de Charles Dantzig

Colette ressemblait à un renard. C'est bien sa seule absence de ruse.
La moitié de la gloire de Baudelaire vient, non de ses grands vers, mais de ce qu'il n'est jamais content.
L'ignorance qui raille est le procureur de l'injustice.
Jeune, en meute comme des chiots, on ne se quitte pas, on rit, on s'aime, on n'a pas besoin du dégoûtant espoir car on est l'espoir. La vie fracasse tout cela, créant des isolements. On se met à espérer.
Il n'existe peut-être que deux lexiques dont la quantité est comparable dans chaque langue: celui de l'amour et celui du pouvoir.
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Dans la même œuvre

Un livre n'est pas fait pour les lecteurs, il n'est même pas fait pour son auteur, il n'est fait pour personne. Il est fait pour être. Un livre fait pour les lecteurs les prend pour un public.
Ce n'est pas nous dans les livres qui nous font juger que les livres sont bons, c'est le talent. Ce n'est pas aux personnages, aux idée qu'on veut ressembler. On veut ressembler au talent.
On ne lit pas un livre pour une histoire, on lit un livre pour danser avec son auteur.
La seule question à se poser devant un chef d'oeuvre, c'est: ferait-il brûler la bibliothèque d'Alexandrie? Si on ne pense pas à le faire, c'est qu'il est bonasse et rien à craindre. Si on y pense, c'est qu'il y a des soupçons sur sa vulgarité.
Lire est déraisonnable. Il y a des choses bien plus importantes, disent les importants. C'est vrai. Et, le sachant, nous continuons en sifflotant ces lectures qui nous privent de la gloriole et de la fortunette.