Nous sommes des aveugles dans un palais de lumières. Des servitures dont nous ignorons le nom se précipitent devant nous, écartant les meubles pour nous éviter toute blessure grave.

À lire aussi de Christian Bobin

Quand on joue de la musique, on lève le camp, on replie sa tente et on s'éloigne dans le chant faible, délivré de la corvée de dire et de taire. On s'éloigne comme un jeune homme s'éloigne sans savoir vers quoi, car sinon ce ne serait pas s'éloigner.
La joie c'est de n'être plus jamais chez soi, toujours dehors, affaibli de tout, affamé de tout, partout dans le dehors du monde comme au ventre de Dieu.
Je t'ai toujours su inaccessible même dans la plus claire proximité. Je t'ai aimée dans ce savoir.
La joie est en nous beaucoup plus profonde que la pensée, elle va beaucoup plus vite, beaucoup plus loin.
Je suis né dans un monde qui commençait à ne plus vouloir entendre parler de la mort et qui est aujourd'hui parvenu à ses fins, sans comprendre qu'il s'est du coup condamné à ne plus entendre parler de la grâce.
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Ecrire comme on taille une branche pour en extraire la flèche qu'elle promettait.
Il y a toujours dans un livre même mauvais, une phrase qui bondit au visage du lecteur comme si elle n'attendait que lui.
L'art de vivre consiste à garder intact le sentiment de la vie et à ne jamais déserter le point d'émerveillement et de sidération qui seul permet à l'âme de voir.
Deux sortes de paradis: venir en aide à quelqu'un et lire un livre.
Savoir vraiment quelque chose c'est savoir comme les nouveaux-nés et les vieillards, que nous baignons dans une lumière d'ignorance.