Nous flirtions depuis des mois sur Facebook, c'est ma mère qui emploie ce mot, je trouve qu'il convient, au Moyen Age on disait fleureter, conter fleurette.

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Écrire, c'est comme l'amour : on attend, et puis ça mord.
Etre à la merci de quelqu'un, voilà qui enlève au mot toute son urbanité et ramène le corps social dans la féodalité, où nous nous voyons malgré nous taillables et corvéables à merci.
Je ne pense pas que la création d'un faux compte sur Facebook soit un élément suffisant pour porter plainte. D'une part, si cela était, il faudrait inculper les dizaines, les centaines de milliers de gens qui, de par le monde, sur tous les sites de rencontre et les réseaux sociaux, se font passer pour ce qu'ils ne sont pas, truquent leur âge, mentent sur leur profession, leur statut familial, voire leur sexe, postent des photos vieilles de vingt ans et se créent une existence plus libre, plus excitante que la leur.
Ça a commencé comme ça, voilà ce qu'il faut montrer : le début de l'amour, comment c'est, la peur que c'est. Il faut le montrer parce qu'ensuite on l'oublie, il y a une ellipse, un blanc pareil au trou de mémoire creusé dans le début de la vie : on passe tout de suite aux photos de famille et aux goûters d'anniversaire, maman et ses bras, et l'ours en peluche. On oublie la naissance, on oublie qu'on a eu froid, qu'on a eu mal, qu'on a eu peur, on ne veut pas le savoir.
C'est quoi, l'amour ? C'est quoi, sinon l'envie de retrouver toujours un certain corps, et le récit qu'on s'en fait ?
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Dans la même œuvre

Le désir veut conquérir et l’amour veut retenir. Le désir, c’est avoir quelque chose à gagner, et l’amour quelque chose à perdre.
Pour les gens comme moi, Internet est à la fois le naufrage et le radeau : on se noie dans la traque, dans l'attente, on ne peut pas faire son deuil d'une histoire pourtant morte, et en même temps on surnage dans le virtuel, on s'accroche aux présences factices qui hantent la Toile, au lieu de se déliter on se relie.
Les hommes mûrissent les femmes vieillissent.
Vous avez beau savoir ce qui se passe, ce qui s'est passé, vous n'en êtes pas sauvé pour autant. Quand vous avez compris ce qui vous fait souffrir, vous souffrez toujours. Aucun bénéfice. On ne guérit pas de ce qu'on rate. On ne reprise pas les draps déchirés.
On ne guérit pas de ce qu'on rate. On ne reprise pas les draps déchirés.