Marie Celat chloroformée ne réagissait plus. Il ne me reste que le rhum, il ne manquerait plus que çà.

À lire aussi de Edouard Glissant

Elle avait coutume de chanter au plein du soleil, sans manquer un jour. Les deux frères s'approchaient, à tant que leurs ombres devinssent un seul corps. Ils lui tenaient chacun une main ; le chanter courait à travers les trois. Elle regardait droit devant, craignant ou refusant de choisir à dextre ou senestre.
Il faut descendre au Lamentin pour toucher les allocations, comment vivre sans çà.
La vie passée, les arbres tombés, les amours bannies ne nous apparaissent pas dans la clarté sculptée des choses connaissables. Quelle nuit et quelle lumière se sont – elles nouées pour nous cacher le sens et nous donner l'ardeur de ce temps ?
Les habitants de ce pays furent transportés d'Afrique dans ce qu'on appelait le Nouveau – monde sur des bateaux négriers où ils mourraient en tas. On n'ose estimer à près de cinquante millions le nombre d'hommes de femmes et d'enfants qui furent ainsi arrachés à la Matrice et coulèrent au fond de l'océan ou furent échoués comme écume au long des côtes amérindiennes.
C'est seulement un imaginaire du monde, c'est-à-dire une conception de la mondialité, qui nous permettra de lutter contre les aspects négatifs de la mondialisation. Je crois qu'il faut adopter le principe : agis dans ton lieu, pense avec le monde. C'est cela la mondialité. Une politique du monde qui s'oppose aux aspects négatifs de la mondialisation.
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A force de dédain objectif, l'Anglais respecte les peuples qu'il a dominés. A force de «dépassement universel», le colonisateur français, chaque fois que les circonstances le lui auront permis, dégrade par assimilation le colonisé qu'il régente.
Elle traversait des bouffées d'absence, ses égarements.
Marie Celat, descendant ainsi avec Mathieu et papa Longoué ce chemin du désherbement, se sentait enlevée loin de la vie et des bords du jour, criait dans sa tête que tout n'avait aucun sens. Elle éprouvait ce trou au – delà duquel nul n'étendait sa pensée, où elle avait pourtant regardé.
Marie Celat baignait souvent dans ce champ sans limite, en sorte qu'il lui arrivait d'oublier ce que nous appelons le temps.
On conte qu'elle refusa de voir le corps de Donou, qu'elle balbutia quelque chose sur la surface des eaux, la surface des eaux profondes, et qu'elle tomba en léthargie.