Il faut descendre au Lamentin pour toucher les allocations, comment vivre sans çà.

À lire aussi de Edouard Glissant

Il navigue dans le noir des mers, où les noyés sont alignés. Les noyés portent le poids des boulets attachés à leurs cous.
Il s'asseyait et déclamait en manière de débutement la parole que chacun des assistants se répétait à voix basse depuis une heure ou deux et que certains, protégés par leur nuit, épelaient des lèvres ou rythmaient d'un balancement des mains, au même tempo que lui : « Quelqu'un peut – il me réciter ce qu'on connaît par ici à propos de la Guinée ou du Congo ? ».
36Marie Celat regardait ses enfants et songeait effarée : est – il possible que je sois une mère dénaturée ? Il lui semblait qu'elle ne les aimait pas de toute l'ardeur souhaitable. Par moments, ils l'exaspéraient et elle avait envie de les planter là pour partir, pour partir où. Je n'étais pas taillée pour la maternité.
Elle tient registre des pans incohérents du récit, les faisant précéder du nom de l'informatrice du jour. Elle savait donc écrire, final de compte. Chaque épisode était orthographié sur une bande de papier qu'elle collait ensuite à l'amidon dans un registre de toile écrue.
Elle avait coutume de chanter au plein du soleil, sans manquer un jour. Les deux frères s'approchaient, à tant que leurs ombres devinssent un seul corps. Ils lui tenaient chacun une main ; le chanter courait à travers les trois. Elle regardait droit devant, craignant ou refusant de choisir à dextre ou senestre.
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A force de dédain objectif, l'Anglais respecte les peuples qu'il a dominés. A force de «dépassement universel», le colonisateur français, chaque fois que les circonstances le lui auront permis, dégrade par assimilation le colonisé qu'il régente.
Elle traversait des bouffées d'absence, ses égarements.
Marie Celat, descendant ainsi avec Mathieu et papa Longoué ce chemin du désherbement, se sentait enlevée loin de la vie et des bords du jour, criait dans sa tête que tout n'avait aucun sens. Elle éprouvait ce trou au – delà duquel nul n'étendait sa pensée, où elle avait pourtant regardé.
Marie Celat baignait souvent dans ce champ sans limite, en sorte qu'il lui arrivait d'oublier ce que nous appelons le temps.
On conte qu'elle refusa de voir le corps de Donou, qu'elle balbutia quelque chose sur la surface des eaux, la surface des eaux profondes, et qu'elle tomba en léthargie.