Les habitants de ce pays furent transportés d'Afrique dans ce qu'on appelait le Nouveau – monde sur des bateaux négriers où ils mourraient en tas. On n'ose estimer à près de cinquante millions le nombre d'hommes de femmes et d'enfants qui furent ainsi arrachés à la Matrice et coulèrent au fond de l'océan ou furent échoués comme écume au long des côtes amérindiennes.

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On conte qu'elle refusa de voir le corps de Donou, qu'elle balbutia quelque chose sur la surface des eaux, la surface des eaux profondes, et qu'elle tomba en léthargie.
36Marie Celat regardait ses enfants et songeait effarée : est – il possible que je sois une mère dénaturée ? Il lui semblait qu'elle ne les aimait pas de toute l'ardeur souhaitable. Par moments, ils l'exaspéraient et elle avait envie de les planter là pour partir, pour partir où. Je n'étais pas taillée pour la maternité.
Avez – vous déjà vu, disait – elle à Pythagore qui était seul à subir son combat de mots, une race plus délabrée que la race noire ? La race mulâtre a de la chance, elle blanchit du gros orteil au bout du nez. Elle a des cheveux plus doux que poils de maïs. Avez – vous déjà vu quelqu'un qui nage dans le noir et qui porte la beauté ?
Euloge avait une machine dans le ventre qui le faisait blanchir chaque fois que quelqu'un s'opposait à lui ou tout bonnement mettait un peu de désordre alentour.
Nous revivons dans un remuement indistinct ces douleurs et cocasseries qui nous accassèrent dans notre transbord. Nous le revivons.
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A force de dédain objectif, l'Anglais respecte les peuples qu'il a dominés. A force de «dépassement universel», le colonisateur français, chaque fois que les circonstances le lui auront permis, dégrade par assimilation le colonisé qu'il régente.
Elle traversait des bouffées d'absence, ses égarements.
Marie Celat, descendant ainsi avec Mathieu et papa Longoué ce chemin du désherbement, se sentait enlevée loin de la vie et des bords du jour, criait dans sa tête que tout n'avait aucun sens. Elle éprouvait ce trou au – delà duquel nul n'étendait sa pensée, où elle avait pourtant regardé.
Marie Celat baignait souvent dans ce champ sans limite, en sorte qu'il lui arrivait d'oublier ce que nous appelons le temps.
On conte qu'elle refusa de voir le corps de Donou, qu'elle balbutia quelque chose sur la surface des eaux, la surface des eaux profondes, et qu'elle tomba en léthargie.