Je songeais au début de l'hiver en montagne, au silence absolu et au vœu que je formulais toujours étant enfant, de voir la neige recouvrir tout, le village et la vallée et les plus hauts sommets, m'imaginant alors ce qui se passerait quand au printemps, le dégel venu, nous sortirions des glaces.
❧
Le matin, là-bas, la face ombreuse du monde et la grisaille de l'atmosphère reposaient en strates sur les eaux.
◆
À lire aussi de W. G. Sebald
Le temps est un critère incertain, il n'indique rien d'autre que les fluctuations de l'âme.
A peine suis-je en société que j'ai l'impression d'avoir déjà entendu quelque part, auparavant, les mêmes opinions défendues par les mêmes personnes, de la même manière, avec les mêmes mots, tournures et gestes. Cet état extrêmement déconcertant et qui, dans certains cas, peut durer fort longtemps, est tout à fait comparable, au point de vue de la sensation physique, à cette sorte d'engourdissement résultant de la perte significative de sang susceptible de provoquer une paralysie momentanée de la pensée, des organes de la parole et des membres telle que peut la connaître quelqu'un qui, sans le savoir, vient d'être frôlé par une attaque.
Personne ne saurait expliquer exactement ce qui se passe en nous lorsque brusquement s'ouvre la porte derrière laquelle sont enfouies les terreurs de la petite enfance.
Sans doute sont-ce des souvenirs enfouis qui confèrent un caractère singulièrement hyperréaliste à ce que nous voyons en rêve. Mais peut-être aussi que c'est autre chose, une sorte de brume, de voile à travers lequel, paradoxalement, tout nous apparaît plus nettement en rêve. Une petite nappe d'eau devient un lac, un souffle de vent se transforme en tempête, une poignée de poussière en désert, un grain de soufre dans le sang en une éruption volcanique.
Dans la même œuvre
En outre, le facteur décisif qui me permit de m'épanouir dans cet institut fut que l'étude et la lecture n'étaient pas pour moi un pensum. Au contraire, enfermé comme je l'avais été jusqu'ici dans la Bible et les homélies galloises, il me semblait qu'à chaque page tournée s'ouvrait sous mes yeux une nouvelle porte. Je lisais tout....
Que savons-nous au juste, et comment faisons-nous pour nous souvenir , et que de choses ne déterrons-nous pas en définitive ?
Quel plaisir n'avais je pas, dit-il, à rester assis avec un livre jusqu'au crépuscule venant, jusqu'à ce que je ne puisse plus rien déchiffrer et que mes pensées commencent à tourner en rond, et quelle sécurité n'ai-je point ressentie, devant mon bureau, à ne voir pour ainsi dire, sous la lumière de la lampe, que la pointe du crayon courant d'elle-même, en absolue félicité après son ombre qui glissait régulièrement de gauche à droite, ligne après ligne, sur le papier réglé.
J'ai d'emblée été étonné de la façon dont Austerlitz élaborait ses pensées en parlant, de voir comment à partir d'éléments en quelque sorte épars il parvenait à développer les phrases les plus équilibrées, comment, en transmettant oralement ses savoirs, il développait pas à pas une sorte de métaphysique de l'histoire et redonnait vie à la matière du souvenir.
Que pouvait-il en effet y avoir de pire que de rater la fin d'une vie malheureuse ?