Des jours et des semaines durant on se triture vainement les méninges et l'on ne saurait dire, à supposer que l'on soit interrogé sur ce point, si l'on continue à écrire par habitude ou pour se faire valoir, ou parce qu'on ne sait rien faire d'autre, ou encore parce que la vie n'a pas cessé de nous étonner, par amour de la vérité, par désespoir ou par indignation, pas plus qu'on saurait dire si le fait d'écrire nous rend plus sage ou plus fou.
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Personne ne saurait expliquer exactement ce qui se passe en nous lorsque brusquement s'ouvre la porte derrière laquelle sont enfouies les terreurs de la petite enfance.
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J'ai d'emblée été étonné de la façon dont Austerlitz élaborait ses pensées en parlant, de voir comment à partir d'éléments en quelque sorte épars il parvenait à développer les phrases les plus équilibrées, comment, en transmettant oralement ses savoirs, il développait pas à pas une sorte de métaphysique de l'histoire et redonnait vie à la matière du souvenir.
Je songeais au début de l'hiver en montagne, au silence absolu et au vœu que je formulais toujours étant enfant, de voir la neige recouvrir tout, le village et la vallée et les plus hauts sommets, m'imaginant alors ce qui se passerait quand au printemps, le dégel venu, nous sortirions des glaces.
A peine suis-je en société que j'ai l'impression d'avoir déjà entendu quelque part, auparavant, les mêmes opinions défendues par les mêmes personnes, de la même manière, avec les mêmes mots, tournures et gestes. Cet état extrêmement déconcertant et qui, dans certains cas, peut durer fort longtemps, est tout à fait comparable, au point de vue de la sensation physique, à cette sorte d'engourdissement résultant de la perte significative de sang susceptible de provoquer une paralysie momentanée de la pensée, des organes de la parole et des membres telle que peut la connaître quelqu'un qui, sans le savoir, vient d'être frôlé par une attaque.
À présent, dit-elle, regardant en arrière, elle voyait bien que l'histoire n'était faite de rien d'autre que du malheur et des affections qui déferlent sur nous, sans trêve ni repos, comme les vagues sur le rivage de la mer, si bien, dit-elle, que tout au long de nos jours terrestres nous ne vivons pas un seul instant qui soit véritablement exempt de peur.
Dans la même œuvre
Le matin, là-bas, la face ombreuse du monde et la grisaille de l'atmosphère reposaient en strates sur les eaux.
En outre, le facteur décisif qui me permit de m'épanouir dans cet institut fut que l'étude et la lecture n'étaient pas pour moi un pensum. Au contraire, enfermé comme je l'avais été jusqu'ici dans la Bible et les homélies galloises, il me semblait qu'à chaque page tournée s'ouvrait sous mes yeux une nouvelle porte. Je lisais tout....
Que savons-nous au juste, et comment faisons-nous pour nous souvenir , et que de choses ne déterrons-nous pas en définitive ?
Quel plaisir n'avais je pas, dit-il, à rester assis avec un livre jusqu'au crépuscule venant, jusqu'à ce que je ne puisse plus rien déchiffrer et que mes pensées commencent à tourner en rond, et quelle sécurité n'ai-je point ressentie, devant mon bureau, à ne voir pour ainsi dire, sous la lumière de la lampe, que la pointe du crayon courant d'elle-même, en absolue félicité après son ombre qui glissait régulièrement de gauche à droite, ligne après ligne, sur le papier réglé.
J'ai d'emblée été étonné de la façon dont Austerlitz élaborait ses pensées en parlant, de voir comment à partir d'éléments en quelque sorte épars il parvenait à développer les phrases les plus équilibrées, comment, en transmettant oralement ses savoirs, il développait pas à pas une sorte de métaphysique de l'histoire et redonnait vie à la matière du souvenir.