Le temps est un critère incertain, il n'indique rien d'autre que les fluctuations de l'âme.
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Que savons-nous au juste, et comment faisons-nous pour nous souvenir , et que de choses ne déterrons-nous pas en définitive ?
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Le souvenir, ajoutait-il dans un post-scriptum, m'apparaît souvent comme une forme de bêtise. On a la tête lourde, on est pris de vertige, comme si le regard ne se portait pas en arrière pour s'enfoncer dans les couloirs du temps révolu, mais plongeait vers la terre du haut d'une de ces tours qui se perdent dans le ciel.
Le malheur de ma jeunesse et de ma période de formation s'était si profondément enracinée en moi qu'il a pu resurgir plus tard, produire des fleurs malignes, tisser au-dessus de ma tête cette voûte de feuillage vénéneux qui a tant assombri et obscurci mes dernières années.
Quand ils sont "à l'étranger", les émigrants, on le sait, ont tendance à se raccrocher à leurs proches.
Sur chaque forme nouvelle plane l'ombre de la destruction. Car l'histoire de chaque individu, celle de chaque communauté et celle de l'humanité entière ne se déploie pas selon une belle courbe perpétuellement ascendante mais suit une voie qui plonge dans l'obscurité après que le méridien a été franchi.
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Le matin, là-bas, la face ombreuse du monde et la grisaille de l'atmosphère reposaient en strates sur les eaux.
En outre, le facteur décisif qui me permit de m'épanouir dans cet institut fut que l'étude et la lecture n'étaient pas pour moi un pensum. Au contraire, enfermé comme je l'avais été jusqu'ici dans la Bible et les homélies galloises, il me semblait qu'à chaque page tournée s'ouvrait sous mes yeux une nouvelle porte. Je lisais tout....
Quel plaisir n'avais je pas, dit-il, à rester assis avec un livre jusqu'au crépuscule venant, jusqu'à ce que je ne puisse plus rien déchiffrer et que mes pensées commencent à tourner en rond, et quelle sécurité n'ai-je point ressentie, devant mon bureau, à ne voir pour ainsi dire, sous la lumière de la lampe, que la pointe du crayon courant d'elle-même, en absolue félicité après son ombre qui glissait régulièrement de gauche à droite, ligne après ligne, sur le papier réglé.
J'ai d'emblée été étonné de la façon dont Austerlitz élaborait ses pensées en parlant, de voir comment à partir d'éléments en quelque sorte épars il parvenait à développer les phrases les plus équilibrées, comment, en transmettant oralement ses savoirs, il développait pas à pas une sorte de métaphysique de l'histoire et redonnait vie à la matière du souvenir.
Que pouvait-il en effet y avoir de pire que de rater la fin d'une vie malheureuse ?