Les mots nouveaux, moins proches de notre corps, charrient plus de légèreté et s'envolent ainsi sans contrainte aucune, libres des blessures de l'enfance.
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Le malheur sait aussi bien diviser que rapprocher les humains.
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À lire aussi de Louis-Philippe Dalembert
Curieusement, en le serrant dans ses bras, la mère ne perçoit aucune émotion particulière chez son fils qui lui offre un visage neutre, impavide. Peut-être ce qu'il a vécu, coincé sous les décombres durant ces trois jours et ces trois nuits, est-il plus horrible encore que de perdre un frère auquel on était attaché, et en est-il ressorti immunisé à la douleur. Peut-être s'est-il senti abandonné des siens, alors qu'elle a laissé la dépouille de l'aîné sous la surveillance du voisin pour courir comme une folle jusqu'à l'école qu'elle a trouvée, à l'arrivée, réduite en poussière, qu'elle a crié son nom le reste de l'après-midi et une partie de la nuit, jusqu'à ce qu'elle ait dû, la mort dans l'âme, rebrousser chemin pour rejoindre les autres. Peut-être ces épreuves l'ont-elles fait grandir d'un coup, passer de l'état d'enfance à l'âge adulte sans s'être arrêté à l'adolescence, le voilà aujourd'hui avec une tête d'homme mature dans un corps de gamin.
Pourquoi mettre au monde un enfant si c'est pour ensuite le laisser seul ? Si on n'est pas foutu d'être là pour le guider sur la grand-route de la vie ? Le voir grandir, mettre ses pas dans les siens, devenir à son tour un homme ?
Le vieil homme lui répondit qu'eux autres, Haïtiens, ne buvaient jamais sans en offrir aux invisibles, c'est à dire les morts, les anges, qu'on appelle aussi mystère ici. Tout ce qui nous dépasse en somme. C'est une façon de rappeler que l'humain n'est pas seul au monde, qu'il est relié à tant d'autres êtres vivants et de choses. Deborah sourit à l'évocation.
S'approcher de la vérité d'un seul être humain, a fortiori d'un peuple, requiert de l'empathie et de la patience mêlées.
Dans la même œuvre
On vit avec depuis la nuit des temps. Les sautes d'humeur de la terre font partie de nous, c'est nous.
Comme quoi, rien ne sert d'essayer de devancer le temps, qui a son rythme propre. Il finit toujours par nous rattraper.
A part ce léger point d'achoppement de la langue, il avait tout fait pour être accepté des gens d'ici, ceux de la belle famille en particulier. Il en était même venu à s'intéresser au rugby, ce sport de midinettes en mal de protection, le seul dans lequel la région jouissait un tant soit peu de crédibilité au niveau national.
Curieusement, en le serrant dans ses bras, la mère ne perçoit aucune émotion particulière chez son fils qui lui offre un visage neutre, impavide. Peut-être ce qu'il a vécu, coincé sous les décombres durant ces trois jours et ces trois nuits, est-il plus horrible encore que de perdre un frère auquel on était attaché, et en est-il ressorti immunisé à la douleur. Peut-être s'est-il senti abandonné des siens, alors qu'elle a laissé la dépouille de l'aîné sous la surveillance du voisin pour courir comme une folle jusqu'à l'école qu'elle a trouvée, à l'arrivée, réduite en poussière, qu'elle a crié son nom le reste de l'après-midi et une partie de la nuit, jusqu'à ce qu'elle ait dû, la mort dans l'âme, rebrousser chemin pour rejoindre les autres. Peut-être ces épreuves l'ont-elles fait grandir d'un coup, passer de l'état d'enfance à l'âge adulte sans s'être arrêté à l'adolescence, le voilà aujourd'hui avec une tête d'homme mature dans un corps de gamin.
Sous quelques cieux qu'il nous ait été donné de naître et de grandir, nous avons plus ou moins les mêmes qualités et défauts. C'est ce qui fait notre humanité.